Une phrase lancée au détour d’un entretien peut parfois en dire plus long qu’un rapport d’expert. C’est le cas de cette alerte formulée par Hervé Carresse, ex-officier d’infanterie et breveté de l’école de guerre : une pénurie de diesel et de carburéacteur pourrait frapper les marchés mondiaux dès l’automne, avec l’Union européenne en première ligne. Derrière ce scénario, un verrou stratégique trop souvent oublié : le détroit d’Ormuz, par où transite une part considérable du pétrole mondial.

Pourquoi le détroit d’Ormuz est-il un point de passage stratégique pour l’approvisionnement en carburant de l’Europe ?

Le détroit d’Ormuz est le corridor maritime qui relie le golfe Persique au reste du monde. Une artère vitale par laquelle passe une part massive des hydrocarbures mondiaux. Selon l’analyse livrée par Hervé Carresse, dans le conflit qui oppose les États-Unis à l’Iran, ce sont les Iraniens qui maîtrisent aujourd’hui la situation autour du détroit. Or, si l’Iran venait à en contrôler durablement l’accès, les conséquences pour les pays dépendants de ces flux, l’Union européenne au tout premier chef, pourraient être immédiates et sévères.

Il est possible qu’à la rentrée septembre-octobre, il y ait une pénurie de diesel et de carburéacteur mondial. Ça va poser d’énormes problèmes pour les pays qui n’auront pas su se positionner par rapport aux quelques ressources qui seront encore accessibles. Je pense en particulier à l’Union européenne.

Hervé Carresse (OMERTA)

Une Europe mal positionnée face au risque

Le problème n’est pas nouveau, mais il prend une acuité particulière dans le contexte actuel. L’Union européenne a considérablement réduit ses marges de manœuvre énergétiques ces dernières années. La dépendance aux importations reste massive, et les alternatives logistiques sont limitées. Le diesel, carburant du transport routier et de la logistique continentale, et le carburéacteur, indispensable au fret aérien, ne se stockent pas indéfiniment sans infrastructures adaptées.

La fermeture prolongée du détroit créerait un effet de rareté mécanique. Les prix exploseraient. Les pays qui, par anticipation ou par positionnement diplomatique, auraient sécurisé des approvisionnements alternatifs s’en sortiraient mieux. Les autres subiraient la crise de plein fouet.

Un rapport de force dicté par la maîtrise du détroit

Dans l’analyse développée lors de cet entretien, les États-Unis sortent affaiblis de leur bras de fer régional. Leurs bases, censées garantir la sécurité des pays du Golfe, n’ont pas rempli leur rôle protecteur. Plus révélateur encore : certaines ont dû être évacuées. Le rapport de force qui s’installe est clair : la réouverture éventuelle du détroit ne se fera pas sous conditions américaines, mais très probablement sous conditions iraniennes.

Cette situation n’a rien d’un accident conjoncturel. Elle résulte d’une lente érosion de l’influence américaine dans la région, couplée à la montée en puissance de l’Iran et de ses alliés. Pour la France et l’Europe, l’équation devient simple : soit diversifier rapidement ses sources d’approvisionnement, soit accepter une vulnérabilité stratégique qui pourrait se payer au prix fort dès les prochains mois.

Ce qu’il faut retenir

Le détroit d’Ormuz n’est pas une abstraction géopolitique : c’est le robinet par lequel s’écoule une part vitale du diesel et du kérosène qui font tourner l’économie européenne. La France, comme ses voisins, aurait tout intérêt à prendre la mesure de cette dépendance avant que le robinet ne se ferme.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « Analyse de l’actualité ukrainienne, iranienne et française » de OMERTA

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