En septembre 1966, Charles de Gaulle se rend à Phnom Penh, au Cambodge. Il est accueilli par des centaines de milliers de Cambodgiens, une foule immense que l’invité compare à près de 15 % de la population du pays de l’époque, massée dans le stade de la capitale. Le prince Sihanouk est au premier plan, mais c’est le président français que la foule acclame.
Depuis cette tribune, de Gaulle prononce un discours mémorable. Il avertit publiquement les États-Unis : ils sont en train de s’enliser au Vietnam voisin, et s’ils ne partent pas, ce sera un désastre pour eux. L’invité rappelle que les Américains n’ont pas écouté cet avertissement. Ils encaissent les échecs, un par un, tandis que Sihanouk qualifiera de Gaulle de « Saint-Georges des temps modernes », celui qui terrasse le dragon.
Cette intervention illustre, selon l’analyse développée par l’invité, la capacité d’un chef d’État souverain à nommer ce que les puissants refusent d’entendre. En pleine escalade américaine au Vietnam, de Gaulle exerce une parole libre, dégagée des alignements d’alliance, et parle au nom de la France comme contrepoint à la stratégie de Washington. Le geste est d’autant plus fort qu’il s’inscrit dans une séquence où le Général multiplie les coups d’éclat internationaux, de la reconnaissance de la Chine communiste au voyage en Amérique latine. Phnom Penh reste l’un des sommets de cette diplomatie de la clairvoyance.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
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