Et si la clé de la souveraineté populaire tenait dans un texte que presque personne ne lit ? C’est la conviction portée par Étienne Chouard, enseignant et figure du mouvement des ateliers constituants. Sa thèse : nous sommes politiquement impuissants parce que la Constitution, qui organise les pouvoirs, ne nous donne aucun moyen de contrôler ceux qui nous représentent. Réponse : réapprendre à écrire nous-mêmes les règles du jeu.

Un atelier constituant populaire, comment ça marche ?

Un atelier constituant réunit des citoyens volontaires pour rédiger ensemble les principes fondamentaux d’un futur texte constitutionnel. Concrètement, les participants travaillent sur : la désignation des représentants, la durée et la nature de leur mandat, les procédures de révocation, et la manière de modifier le texte lui-même. L’objectif n’est pas de remplacer les élus, mais de définir un cadre qui les maintienne sous contrôle.

La Constitution : un contrat de défiance, pas de confiance

Pour Étienne Chouard, une constitution est avant tout un texte de précaution, comparable à un contrat qui prévoit ce qui se passera quand les relations se dégraderont. La défiance y est donc structurelle, pas conjoncturelle.

« Une constitution, c’est un texte de défiance. C’est super important. Un contrat, il prévoit tous les cas qui vont mal se passer. La constitution, ça devrait être pareil, mais c’est à nous de l’écrire. »

Étienne Chouard (Magazine Nexus)

Le problème, selon lui, est qu’en France les représentants écrivent eux-mêmes les règles de la représentation, ce qui revient à laisser le joueur fixer les règles du jeu. L’armée, la police, les juges, les CRS, les gardiens de prison : tous obéissent à un texte auquel les citoyens n’ont jamais réellement contribué.

Pourquoi si peu de mobilisation ?

L’obstacle principal tient à un conditionnement historique et culturel. Chouard observe que l’idée même de démocratie est « écornée » chez beaucoup de citoyens, habitués à considérer qu’un leader charismatique est nécessaire dans toute action collective, du club de football à l’entreprise. Le salarié tolère un patron qui décide seul parce qu’il possède le capital, alors que la même personne trouverait absurde une telle domination à plus grande échelle.

Un autre frein est l’illusion entretenue par le roman national. On enseigne que la Révolution française a instauré la liberté et les droits de l’homme, alors que, pour Chouard, elle a surtout permis à « une classe bourgeoise et marchande et financière » de s’approprier le pouvoir. Ce mensonge collectif serait si tenace qu’il empêche de voir la nécessité d’un nouveau processus constituant.

L’exemple des gilets jaunes : écrire avant de décider

Chouard cite l’exemple des gilets jaunes à qui il a proposé, dès l’occupation des ronds-points, d’écrire la « constitution du rond-point ». Une constitution de quatre ou cinq lignes : comment désigne-t-on les représentants ? Quel mandat ? Comment les révoque-t-on ? Comment modifie-t-on le texte ?

L’enjeu est de décider comment on va décider avant de décider. Cette séquence, appliquée à l’échelle d’un rond-point, d’une association ou d’une commune, serait la matrice d’un apprentissage collectif de la puissance politique.

Les communes : un terrain d’expérimentation

L’article met aussi en lumière les expériences communales en cours. Des communes où des habitants, parfois très peu nombreux à l’origine, voient arriver de nouveaux résidents qui prennent en main la gestion locale. Ces situations créent des dynamiques politiques réelles, avec leurs conflits internes et leurs nécessités d’arbitrage. Elles constituent autant de laboratoires où la « synthopie » (conquête d’un territoire par la coopération et la confrontation) peut produire un renouveau démocratique.

Ces processus ne reposent pas sur un texte préalable, mais sur la rencontre entre un besoin concret et des citoyens qui se donnent leurs propres règles. C’est, selon Chouard, à cette échelle que la démocratie redevient vivable et tangible.

Ce qu’il faut retenir

Les ateliers constituants ne promettent pas une révolution immédiate, mais un déplacement du regard : cesser de demander la permission pour se réapproprier la puissance politique. Écrire soi-même les règles du pouvoir, même à petite échelle, constitue la première marche d’une reconquête. La question n’est plus de savoir si nous sommes capables d’écrire une constitution, mais pourquoi nous continuons à laisser d’autres l’écrire à notre place.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « Contrôle des représentants politiques par les citoyens – Chouard et Fouché » de Magazine Nexus

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