La question des engrais illustre une fragilité française trop peu évoquée dans le débat public. Olivier Delamarche, analyste financier interrogé sur la chaîne OMERTA, rappelle que les dérivés du pétrole, dont les engrais, proviennent pour une part significative de Russie. Or, selon lui, les dirigeants européens ont choisi de se couper de ce fournisseur sans prévoir d’alternative crédible pour le secteur agricole.

Cette situation pèse directement sur les coûts de production des exploitants français. L’analyste souligne que se fâcher avec l’ensemble des fournisseurs de matières premières, tout en maintenant des échanges indirects via des détours coûteux, revient à renchérir artificiellement des intrants essentiels. Les engrais, dérivés du gaz et du pétrole, sont au cœur de ce paradoxe : la France continue d’importer de l’énergie russe, mais en la payant plus cher après transbordement par des pays tiers.

La dépendance agricole française aux engrais russes reste structurelle. Aucun plan de substitution d’ampleur n’a été présenté, et les alternatives locales demeurent insuffisantes face aux volumes nécessaires. Tant que cette réalité ne sera pas intégrée dans une politique agricole et énergétique cohérente, la compétitivité des exploitants français continuera de se dégrader.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Le détroit d’Ormuz, troisième front : les engrais oubliés

La dépendance aux engrais russes ne s’arrête pas aux frontières de la Russie. Michel Fayad, professionnel de l’énergie et de la finance, souligne un angle mort du débat public : avant la guerre, un tiers des engrais mondiaux transitait également par le détroit d’Ormuz. Avec un trafic de pétroliers tombé de 130 navires quotidiens à entre 0 et 6, ce sont donc aussi les flux d’engrais qui se trouvent paralysés.

« Le tiers des engrais du monde passait par le détroit d’Ormuz. Et donc ça impacte aussi nos produits agricoles puisque les engrais servent à la production agricole. »

Michel Fayad (Front Populaire)

Le mécanisme est direct : moins d’engrais disponibles sur les marchés mondiaux, c’est une production agricole plus coûteuse, donc des prix alimentaires plus élevés. Fayad insiste sur le fait que l’impact ne se limite pas au carburant à la pompe.

« Quand on dit le pétrole et le gaz, ce n’est pas seulement le prix à la pompe, c’est également pour faire tourner toute notre industrie […] et aussi pour nos services. Donc tout va être plus cher et on le sent déjà quand on va au supermarché. »

Michel Fayad (Front Populaire)

Ce glissement, du choc énergétique vers l’inflation alimentaire, est déjà perceptible dans les rayons français. Il s’ajoute à la pression spécifique sur les engrais russes déjà documentée, mais par un canal distinct : non plus les sanctions, mais un blocage physique des routes maritimes mondiales.

Vidéo « Analyse de la dette, fiscalité et crises en France » de OMERTA

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