La France veut construire six nouveaux réacteurs EPR2 pour renouveler sa capacité nucléaire. Mais avant même que le chantier ne soit lancé, un obstacle juridique se dresse sur la route : les règles européennes de la concurrence. L’invité, interrogé par la chaîne PRAXIS dans un entretien publié le 18 juillet 2026, explique pourquoi la demande française de contrats de long terme se heurte à l’idéologie du marché unique européen de l’électricité.

Pourquoi l’Union européenne bloque-t-elle les contrats de long terme que la France veut conclure pour ses futurs réacteurs EPR2 ?

La France souhaite pouvoir vendre 30 % de la production des futurs EPR2 via des contrats de long terme afin de donner de la visibilité aux industriels et sécuriser le financement du programme nucléaire. Mais l’Union européenne s’y oppose, car ces contrats dérogeraient au principe du prix unique du marché européen de l’électricité, fondé sur la tarification au coût marginal. Selon l’invité, cette position révèle une application à géométrie variable de la libre concurrence : Bruxelles tolère des fiscalités déloyales chez certains États membres, mais refuse à la France le droit de planifier sa propre production énergétique.

Le retour du nucléaire français exige de la prévisibilité

L’invité rappelle que la construction de réacteurs nucléaires mobilise des capitaux considérables sur des décennies. Les coûts fixes liés à la construction et à l’entretien des infrastructures sont ignorés par le mécanisme du merit order, qui ne prend en compte que les coûts variables. Or, pour financer un programme aussi lourd que celui des EPR2, EDF a besoin de garanties sur ses revenus futurs. Sans visibilité, aucun industriel ne peut raisonnablement s’engager dans un investissement de cette ampleur.

C’est précisément ce que souligne la Cour des comptes dans un rapport de septembre 2025 cité par l’invité. Le dispositif de régulation qui doit prendre la suite de l’Arenh en 2026 n’apporte pas de prévisibilité sur les niveaux de revenus d’EDF pour les quinze prochaines années. En clair, malgré les annonces gouvernementales, rien ne permet aujourd’hui de sécuriser les capacités d’investissement du groupe.

La France veut déroger au prix unique européen

Le marché européen repose sur une règle stricte : un prix unique fixé à l’échelle du continent, déterminé par la dernière centrale appelée pour répondre à la demande. Ce système, rappelle l’invité, est complètement déconnecté des coûts réels de production français. La France produit plus de 60 % de son électricité grâce au nucléaire, une énergie dont le coût de revient est bien inférieur au prix du gaz qui sert pourtant de référence sur le marché européen.

Pour les futurs EPR2, la France voudrait donc pouvoir conclure des contrats de long terme portant sur 30 % de leur production. Cela permettrait aux industriels de connaître à l’avance les conditions de vente de l’électricité produite, indépendamment des fluctuations du marché. Mais cette demande, explique l’invité, se heurte frontalement à la logique idéologique de la concurrence pure et parfaite défendue par Bruxelles.

« L’Union européenne montre les dents car cela porterait atteinte à sa fameuse logique idéologique de concurrence pure et parfaite. »

Vidéo de PRAXIS

Pour comprendre l’absurdité de la situation, l’invité rappelle que l’Union européenne a déjà interdit à EDF de pratiquer des tarifs réglementés trop bas, au motif que cela aurait pu désavantager les fournisseurs alternatifs. L’argumentaire est le même : toute initiative française visant à aligner le prix de l’électricité sur son coût réel de production est perçue comme une entrave à la concurrence.

Une concurrence à géométrie variable

L’invité pointe une contradiction flagrante dans l’application des règles européennes. Certains États membres, comme l’Irlande ou les Pays-Bas, pratiquent des fiscalités déloyales pour attirer les investissements de leurs voisins. Là, bizarrement, Bruxelles ne s’en offusque pas. Mais dès que la France tente de sécuriser son programme nucléaire par des contrats de long terme, l’Union européenne brandit le dogme de la libre concurrence.

Cette asymétrie de traitement, selon l’invité, illustre le problème de fond : au sein de l’Union européenne, la France doit constamment batailler pour défendre ses intérêts, et finit souvent par perdre. Cela vaut pour la production d’électricité comme pour la fiscalité ou la politique industrielle.

Une solution existe pourtant

Face à cette impasse, l’invité propose deux mesures complémentaires : restaurer le monopole public d’EDF et sortir du système de tarification au coût marginal. Cela reviendrait à facturer l’ensemble des consommateurs sur la base des coûts réels et complets de production, plutôt que sur les fluctuations du prix du gaz. Il précise que cette position n’implique pas un isolement de la France, les interconnexions et les échanges solidaires pouvant être maintenus.

« Nous pouvons maintenir les interconnexions et les échanges solidaires plutôt que de laisser les traders faire du profit. »

Vidéo de PRAXIS

Dans cette configuration, le marché européen deviendrait un simple marché d’import-export, géré par la puissance publique, et non plus un espace spéculatif où des fournisseurs alternatifs réalisent des bénéfices sans jamais avoir produit un kilowattheure.

Ce qu’il faut retenir

La France se trouve aujourd’hui dans une situation paradoxale : elle veut relancer son programme nucléaire, mais les règles européennes l’empêchent de sécuriser les financements nécessaires. Tant que le dogme du prix unique prévaudra, toute tentative de planification énergétique à long terme restera fragile. La question posée est donc simple : la France doit-elle rester prisonnière d’un cadre européen qui freine son industrie, ou reprendre la main sur un secteur stratégique dont dépend toute l’économie du pays ?

Vidéo « EDF, régulation européenne et marchés de l’énergie » de PRAXIS – Reprendre le pouvoir

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