Un matin de 2005, un étudiant arrive à son stage et découvre la standardiste, une jeune intérimaire d’une vingtaine d’années, absorbée dans la lecture du texte d’Étienne Chouard expliquant pourquoi voter « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen. L’anecdote, rapportée par l’invité, pourrait sembler anodine. Elle résume pourtant une conviction : l’intelligence politique du peuple n’a pas disparu, elle est privée d’occasions de s’exercer.
À l’époque, rappelle-t-il, la propagande médiatique en faveur du « oui » était massive, et les réseaux sociaux n’existaient pas. Seuls quelques blogs permettaient de faire circuler une analyse alternative. Le texte de Chouard, professeur d’informatique, long et rigoureux, n’était pas destiné aux militants aguerris. Il s’adressait à quiconque voulait comprendre les conséquences juridiques du traité.
Que ce texte soit tombé entre les mains d’une secrétaire intérimaire, loin des cercles politiques, illustre la soif de débat de fond qui traverse la société française dès qu’une question stratégique est posée clairement. C’est précisément ce que redoutent, selon l’invité, ceux qui refusent le recours au référendum : voir se réveiller un peuple politique qu’on préfère maintenir dans des débats sans enjeu.
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