La France s’enfonce dans une dette publique abyssale, mais les marchés financiers ne réagissent pas comme ils le feraient face à un État souverain ordinaire. Pour François Asselineau, invité du Direct n°127 de l’UPR, l’explication tient en un mot : l’euro. La monnaie unique agit comme un bouclier qui dilue la sanction des marchés, et ce bouclier a un prix : la déresponsabilisation complète des dirigeants français.
Pourquoi l’euro empêche-t-il les marchés de sanctionner la dette française ?
L’analyse développée par François Asselineau s’articule autour de plusieurs constats chiffrés :
- Un écart de taux encore contenu : malgré une dégradation continue des finances publiques françaises, le spread entre le Bund allemand à 10 ans et l’OAT française à 10 ans atteint environ un point, un niveau élevé mais sans commune mesure avec la crise budgétaire que connaîtrait un État hors zone euro dans la même situation.
- Une habitude d’irresponsabilité : les dirigeants français peuvent annoncer des politiques sans se soucier de la réaction des créanciers, car la Banque centrale européenne et la solidarité implicite de la zone euro amortissent le choc.
- Un besoin d’emprunt massif : la France devrait lever autour de 300 milliards d’euros cette année, un montant qui, avec une monnaie nationale, exposerait le pays à une véritable crise de confiance.
« Normalement, si nous n’étions pas dans l’euro, jamais des dirigeants français n’auraient pu endetter la France de cette façon. C’est très important à comprendre. C’est complètement déresponsabilisant parce que nous ne sommes pas sanctionnés par les marchés financiers comme nous aurions dû l’être. »
François Asselineau (UPR)
Le paradoxe allemand : les marchés préfèrent la clarté de la sortie à l’ambiguïté française
L’épisode récent des élections régionales en Allemagne fournit un contrepoint saisissant. L’AfD, parti qui revendique officiellement la sortie de l’Allemagne de l’Union européenne et de l’euro, a remporté 44 % des suffrages en Saxe puis 37 % en Mecklembourg-Poméranie occidentale. Or, comme le souligne François Asselineau, les marchés financiers n’ont pas bougé.
Cette absence de réaction est lourde de sens. Elle signifie que les investisseurs internationaux considèrent qu’un pays sérieux qui prépare méthodiquement sa sortie de la zone euro est moins risqué qu’un pays dirigé par des responsables dont les programmes économiques ne tiennent pas debout. La clarté allemande, même si elle implique une rupture, inspire plus de confiance que l’ambiguïté française où tout le monde promet, et personne ne finance.
Une déresponsabilisation qui profite au système
François Asselineau pointe un cercle vicieux : les hommes politiques français ne sont plus jugés sur leur gestion puisque la sanction des marchés est amortie, et les journalistes ne les interrogent plus sur la soutenabilité de leurs promesses. Résultat : un ancien premier ministre peut proposer tranquillement les « États-Unis d’Europe » sans qu’aucune question concrète ne lui soit posée sur la faisabilité juridique, politique ou budgétaire d’un tel projet.
La comparaison avec les Allemands est éclairante. Là-bas, « le diable réside dans les détails », dit le proverbe. Ici, personne n’entre dans le détail. Les questions qui fâchent sont interdites, et les programmes se résument à des slogans.
« Les journalistes ont l’interdiction de poser des questions qui fâchent. On l’a vu lors du Medef, on le voit à chaque fois. C’est-à-dire que vous avez des responsables politiques, des irresponsables, qui disent : voilà, je vais faire ci, je vais faire ça. »
François Asselineau (UPR)
Ce qu’il faut retenir
L’euro ne protège pas seulement les échanges commerciaux : il protège les mauvais gestionnaires. En diluant la sanction des marchés, la monnaie unique permet à des dirigeants irresponsables de s’endetter sans limite et de promettre sans conséquence. La question posée par François Asselineau est simple : combien de temps encore la France pourra-t-elle se permettre le luxe de ne pas être jugée sur sa gestion ?
Vidéo « François Asselineau répond à des questions, session 127 » de UPR
Pour aller plus loin
- La Fabrique des crétins, Jean-Paul Brighelli (Jean-Claude Gawsewitch)
- L’Europe est morte à Pristina, Jacques Hogard (Fayard)
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