Alors que le prix du carburant s’envole et que le détroit d’Ormuz reste quasiment bloqué, la France paie aujourd’hui des choix industriels anciens. Parmi eux, la fermeture de la raffinerie de Petit-Couronne, en Normandie, revient comme un symbole des erreurs qui ont fragilisé notre autonomie en produits pétroliers raffinés.
Quelles sont les conséquences de la fermeture de la raffinerie de Petit-Couronne pour la France ?
Selon Michel Fayad, professionnel de l’énergie et de la finance, la fermeture de Petit-Couronne a privé la France d’un outil industriel stratégique : environ 150 000 barils de pétrole raffinés par jour, avec une capacité pouvant monter à 300 000 barils. Cette raffinerie desservait notamment l’aéroport de Paris et la capitale. Sa disparition, couplée à la mise sous cocon d’une autre raffinerie près de Fos-sur-Mer, a réduit la capacité nationale de raffinage et accru la dépendance aux importations de produits finis, en particulier le diesel indien.
Un choix industriel aux effets durables
Michel Fayad replace cette décision dans le mandat de François Hollande. Deux raffineries ont alors été fermées, dont celle de Petit-Couronne, pourtant située à un emplacement stratégique pour l’approvisionnement de l’Île-de-France. L’invité ne présente pas cette fermeture comme un simple ajustement conjoncturel, mais comme une erreur structurelle.
« En France, on a besoin d’avoir des raffineries. La fermeture de deux raffineries était une erreur. Je pense qu’il faut essayer de les rouvrir si on le peut. »
François Hollande (propos rapportés par Michel Fayad)
Le problème, souligne-t-il, c’est que rouvrir une raffinerie arrêtée depuis des années n’a rien d’évident. Les installations se dégradent, les compétences se dispersent, et les coûts de remise en état explosent. Pendant ce temps, la France continue d’importer du diesel, notamment depuis l’Inde, et subit plus directement les tensions sur les marchés mondiaux des produits raffinés.
Un secteur cyclique, peu rentable, mais vital
L’analyse de Michel Fayad insiste sur un paradoxe français : le raffinage est un métier cyclique, souvent peu rentable, avec des marges négatives pendant de longues périodes. Total, principal acteur du secteur en France, pourrait être tenté de se recentrer sur l’exploration-production, plus lucrative, et d’abandonner le raffinage et les stations-service sur le territoire. L’invité rappelle que Total est coté à la Bourse de New York et pourrait parfaitement se « débarrasser » de ses activités françaises si la pression fiscale devenait excessive.
« Dans le pétrole, parfois on perd de l’argent, beaucoup d’argent, et pas pendant juste un mois, pendant plusieurs mois, parfois des années. Il faut avoir les reins solides pour être un raffineur. »
Michel Fayad (Front Populaire)
Le précédent existe déjà : la société Perenco a quitté la France du jour au lendemain pour s’installer à Londres. Si Total faisait de même, l’État se retrouverait face à un choix terrible : sauver des raffineries déficitaires ou accepter une dépendance totale aux importations.
Une dépendance accrue en période de crise
La fermeture de Petit-Couronne prend une dimension particulière dans le contexte actuel. Avec le détroit d’Ormuz presque fermé, les produits raffinés qui sortaient du Golfe, notamment le diesel et le méthanol, ne circulent plus normalement. Les pays européens, qui dépendaient davantage de la route de la mer Rouge et du canal de Suez, subissent aussi les conséquences des frappes sur les installations qataries et saoudiennes.
Dans ce contexte, disposer de capacités nationales de raffinage redevient une question de sécurité économique. Michel Fayad le formule clairement : en France, on produit environ 10 000 barils de pétrole par jour, c’est peu, mais en période de crise, « les avoir, c’est pas mal ». Il critique également la loi portée par Nicolas Hulot fixant l’arrêt de la production pétrolière française d’ici 2040, alors que ces champs arrivent naturellement en fin de vie.
Ce qu’il faut retenir
La fermeture de la raffinerie de Petit-Couronne illustre une tendance française à sacrifier des outils industriels stratégiques sans véritable alternative. Aujourd’hui, alors que les prix du carburant menacent de franchir les 4 euros le litre, la France découvre le coût de cette dépendance aux importations de produits raffinés. La question n’est plus seulement économique : elle devient une question de résilience nationale.
Vidéo « Détroit d’Ormuz et prix des carburants, analyse énergétique » de Front Populaire
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