Depuis l’ouverture du marché français de l’électricité à la concurrence, une catégorie d’acteurs s’est imposée dans le paysage énergétique : les fournisseurs alternatifs. Leur particularité ? Ils ne produisent rien. Ils achètent, revendent, et encaissent. Retour sur un modèle économique qui pose question.
Que font vraiment les fournisseurs alternatifs d’électricité en France ?
Leur activité tient en une phrase : acheter de l’électricité sur le marché de gros pour la revendre aux consommateurs. Ils n’ont aucune obligation de produire, aucune centrale à entretenir, aucun réseau à gérer. L’activité de fourniture a été déconnectée de la production uniquement pour créer un marché. Une construction juridique que l’invité, interrogé par la chaîne PRAXIS le 18 juillet 2026, qualifie de « dogmatisme pur et simple ».
Concrètement, depuis 2011, le mécanisme de l’ARENH (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique) a contraint EDF à vendre environ 25 % de sa production nucléaire à ses concurrents au prix fixe de 42 € le mégawattheure, alors que le coût de production réel s’élève au moins à 60 €. Les fournisseurs alternatifs ont ainsi pu acheter à perte pour EDF, puis revendre au prix du marché, souvent bien supérieur.
L’ARENH : une rente organisée au détriment d’EDF
Le dispositif était présenté comme transitoire. L’idée avancée : permettre aux fournisseurs de dégager des marges pour investir dans la production, notamment dans les énergies renouvelables. Le bilan est sans appel.
« Aucun de ceux qui ont bénéficié de la rente n’a investi ni dans le nucléaire ni même dans la production. On a fait la fortune de traders, pas d’industriels », résume l’invité.
Vidéo de PRAXIS
Les chiffres évoqués dans l’entretien donnent la mesure du phénomène. En 2021, sur un résultat net de plus de 5 milliards d’euros, un grand fournisseur a versé 65 % de cette somme à ses actionnaires sous forme de dividendes. Investir dans des moyens de production exige des coûts colossaux et des retours étalés sur des années. Profiter de l’ARENH pour acheter à 42 € et revendre au prix du marché assure des bénéfices immédiats, sans risque industriel.
Des pratiques commerciales condamnées par la justice
Le modèle économique des fournisseurs alternatifs repose sur la captation de clients. Pour y parvenir, les méthodes employées ont parfois franchi la ligne rouge. Selon l’invité, un grand fournisseur s’est fait condamner à deux reprises en 2018 pour concurrence déloyale et démarchage abusif.
Les techniques relevées : invention d’une fausse prime pour promettre des bonus aux clients, usurpation d’identité de vendeurs EDF. Des pratiques qui révèlent une course au client où la transparence n’est pas toujours la priorité.
La crise de 2022 : quand les intermédiaires encaissent, l’État paie
L’année 2022 a mis en lumière les effets les plus choquants du système. Alors qu’EDF, contraint par l’ARENH, devait continuer à vendre de l’électricité à 42 € le mégawattheure, l’entreprise achetait sur le marché européen à 300, 400, voire 600 € le mégawattheure pour honorer ses obligations. Pendant ce temps, certains fournisseurs alternatifs forçaient leurs clients à résilier leur contrat pour revendre immédiatement l’électricité au prix fort sur le marché de gros.
Les résultats sont éloquents : une entreprise a réalisé 44 millions d’euros de marge brute, une autre 20 millions de résultat en 2022 grâce à ces montages. Face à cela, l’État a dû déployer le bouclier tarifaire pour un coût total de 72 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent 9 milliards pour racheter les parts des actionnaires d’EDF, alors au bord de l’asphyxie.
« On nous a expliqué que le consommateur avait été épargné pendant la crise. Oui, parce que c’est le contribuable qui l’a payé à crédit par la dette publique », souligne l’invité.
Vidéo de PRAXIS
Un système qui protège les intermédiaires plus que les consommateurs
L’Union européenne interdit à EDF de fixer des prix trop bas sous prétexte que cela asphyxierait la concurrence. Autrement dit, les tarifs réglementés doivent rester suffisamment élevés pour que les fournisseurs alternatifs puissent continuer à exister et à faire des bénéfices. « Il faut mettre les prix suffisamment hauts pour permettre la concurrence », résume l’invité.
Le système actuel a créé une catégorie d’acteurs qui ne produisent rien, ne transportent rien, mais prélèvent une marge sur chaque mégawattheure vendu. Une partie de la facture des consommateurs ne finance plus les infrastructures, mais rémunère des actionnaires privés. Le service n’est pas meilleur pour autant : la France disposait déjà, sous monopole public, de tarifs parmi les plus bas d’Europe.
Ce qu’il faut retenir
Les fournisseurs alternatifs incarnent une dérive du marché européen de l’électricité : des intermédiaires sans usines ni réseaux, nourris par une rente réglementaire au détriment d’EDF, et dont les bénéfices partent massivement vers les dividendes plutôt que vers l’investissement productif. La question posée par l’invité est directe : quel intérêt pour les consommateurs et pour la nation à maintenir ces acteurs, alors que le service public assurait la même fonction, moins cher et sans prélèvement actionnarial ? Le débat est ouvert.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Vidéo « EDF, régulation européenne et marchés de l’énergie » de PRAXIS – Reprendre le pouvoir
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