L’Union européenne affiche depuis des années une volonté de réponse commune face aux flux migratoires, mais la réalité est celle d’un continent fracturé. Alors que les gouvernements occidentaux débattent des modalités d’accueil ou de régularisation, les pays d’Europe orientale campent sur un refus catégorique de l’immigration non européenne. Comment expliquer cette opposition, y compris dans des États qui ne connaissent quasiment aucune présence migratoire extracontinentale ?

Pourquoi les pays d’Europe de l’Est refusent-ils l’immigration non européenne ?

La position des nations orientales ne relève ni d’un caprice politique ni d’une simple posture électoraliste. Elle s’enracine dans plusieurs facteurs convergents :

  • Un rejet fondé sur l’observation directe : de nombreux travailleurs polonais ou baltes revenus d’Europe occidentale ont vu ce que produisait l’immigration de masse dans les quartiers qu’ils ont fréquentés, et refusent cette trajectoire pour leur propre pays.
  • Une absence de besoin économique : quand l’économie requiert de la main-d’œuvre étrangère, ces États se tournent d’abord vers les pays voisins (Bulgares en Slovénie, Ukrainiens en Pologne), sans recourir à une immigration extracontinentale qu’ils jugent inutile.
  • Une mémoire politique spécifique : l’est de l’Allemagne, seul territoire ayant connu le communisme puis l’immigration de masse à partir de 2015, illustre la réaction explosive que cette combinaison peut produire sur un corps électoral.
  • Un rapport à la souveraineté différent de celui des États fondateurs, nourri par des décennies de tutelle soviétique qui rendent aujourd’hui inacceptable toute forme de décision imposée depuis l’extérieur.

Une fracture qui s’ancre dans le vécu des populations

L’explication avancée par l’essayiste Lionel Ballan, spécialiste des mouvements nationalistes européens, met en lumière un mécanisme rarement évoqué dans le débat public : le retour d’expérience. Des Polonais partis travailler à Londres, dans des quartiers où l’immigration pakistanaise était massive, sont rentrés chez eux avec une conviction ancrée.

« Ils ont vu ce qui se passait là-bas. Ils sont retournés chez eux, ils ont dit : il faut absolument pas que ça se passe chez nous comme ça se passe là-bas. »

Lionel Ballan (OMERTA)

Ce témoignage, loin d’être anecdotique, éclaire la dynamique politique à l’œuvre dans toute l’Europe orientale. Les partis nationalistes y progressent y compris là où il n’y a pas de migrants non européens. En Roumanie, l’Alliance pour l’unité des Roumains de George Simion est devenue le premier parti du pays sans que le territoire roumain soit confronté à l’immigration extracontinentale. Le refus est préventif, alimenté par ce que Lionel Ballan décrit comme une prise de conscience par procuration : les récits de ceux qui sont partis, les images venues d’Occident, la perception d’une dérive sécuritaire.

La Saxe-Anhalt, laboratoire d’un séisme politique à venir

Cette fracture Est-Ouest ne se limite pas aux frontières de l’ancien bloc communiste. Elle traverse l’Allemagne elle-même, où les scrutins régionaux de septembre 2024 ont valeur de test. Dans l’État de Saxe-Anhalt (2,1 millions d’habitants), l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) était créditée de 41 % des intentions de vote, faisant craindre aux partis traditionnels une majorité absolue au parlement régional.

Lionel Ballan souligne la portée institutionnelle d’un tel résultat : un Land allemand dispose de services secrets, d’une administration, d’une cour constitutionnelle. Voir un parti favorable à la remigration prendre le contrôle de ces structures constituerait, selon ses termes, « un tremblement de terre politique ». L’onde de choc se propagerait bien au-delà des frontières allemandes.

La pression sur les gouvernements occidentaux devient alors intenable. Le chancelier allemand subit de plein fouet une opinion publique excédée par les incidents quotidiens, tandis que les contrôles d’identité se multiplient aux frontières allemandes, en pleine zone Schengen.

Ce qu’il faut retenir

Le refus de l’immigration non européenne à l’Est n’est pas une lubie populiste : c’est une position construite sur l’observation des difficultés rencontrées à l’Ouest, doublée d’une logique économique qui privilégie les travailleurs européens. Ignorer cette fracture revient à méconnaître la profondeur du clivage qui travaille l’Union. Les scrutins à venir, jusqu’au cœur de l’Allemagne, en mesureront l’ampleur réelle.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « Migration et divergences politiques en Europe » de OMERTA

Cet article vous a-t-il été utile ?

Qu’est-ce qui n’allait pas ? (facultatif)

Signaler une erreur

Merci, c’est noté.