Alors qu’Emmanuel Macron multiplie les déplacements controversés sur le continent africain, une autre voix propose de refonder entièrement la relation entre la France et l’Afrique. Loin des postures paternalistes comme des repentances à quatre pattes, l’invité du Cercle Aristote dessine les contours d’une politique fondée sur la réciprocité et la lucidité. Un cadre qui pourrait inspirer les souverainistes en quête de doctrine cohérente.
Sur quelles bases une politique africaine souverainiste peut-elle se reconstruire ?
Selon l’invité, trois piliers doivent structurer une nouvelle approche : reconnaître des menaces communes, notamment migratoires et démographiques ; bâtir des rapports strictement commerciaux sans ingérence ; et dépasser les images mutuellement faussées entretenues par des diasporas et des puissances étrangères hostiles. Le tout sur un principe simple : ici c’est chez nous, là-bas c’est chez eux.
La démographie, menace partagée
Le premier point de l’analyse repose sur un constat chiffré : l’Afrique approche d’un doublement de sa population, passant d’un à deux milliards d’habitants. Si la plupart des migrations resteront intra-africaines, une partie des flux excédentaires cherchera nécessairement à partir. L’Europe, géographiquement proche et moins protégée que l’Amérique du Nord, constitue la destination la plus accessible.
L’invité écarte cependant tout discours afro-apocalyptique. Il note que l’Afrique a fait preuve d’une résilience remarquable, notamment pendant la crise du Covid, et que plusieurs pays connaissent un développement impressionnant. La question n’est donc pas de diaboliser le continent mais de préparer lucidement l’avenir :
« L’Afrique va représenter une part non négligeable de l’avenir de l’humanité. Faut quand même l’avoir en tête. »
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
Des intérêts commerciaux sans ingérence
Deuxième pilier : sortir de l’héritage européiste. L’invité rappelle que l’Afrique ne représente que 2 % du commerce extérieur français, et à peine 1 % pour l’Afrique subsaharienne. Ces échanges ne sont vitaux pour personne. Dès lors, pourquoi maintenir des relations déséquilibrées ?
Sa proposition est radicale : liquider le franc CFA, rendre aux États africains leurs réserves de garantie, et les laisser assumer leur souveraineté monétaire. Sur le plan commercial, il préconise d’être avant tout un client parmi d’autres, sans conditionnalités politiques : « Nous n’avons pas besoin de vous, vous n’avez pas besoin de nous. Si on fait quelque chose, on le décide. »
Ce discours s’adresse autant aux Africains qu’aux Français. L’Afrique a intérêt à multiplier ses partenaires plutôt que de se retrouver en tête-à-tête avec la Chine ou la Russie, dont les récents revers militaires montrent qu’ils ne maîtrisent pas le terrain.
Sortir des images faussées
Troisième axe : assainir les représentations mutuelles. Deux groupes empoisonnent la relation, selon l’invité. D’un côté, les ennemis de la France sur le continent (États-Unis, Allemagne, Turquie, Russie), qui instrumentalisent des dirigeants locaux. De l’autre, certaines diasporas qui perpétuent des haines recuites et donnent un visage détestable aux échanges.
Pour dépasser ces blocages, l’invité recommande de reconnaître des États et non des gouvernements, d’abandonner tout discours sur les droits de l’homme imposé de l’extérieur, et de laisser les Africains définir leur propre voie de développement. La démocratie viendra d’eux si elle doit venir.
Ce qu’il faut retenir
Cette grille de lecture propose aux souverainistes français un cadre cohérent : reconnaissance mutuelle, relations assumées d’égal à égal, et fin des immixtions comme des culpabilités. Une doctrine qui rompt avec soixante ans de Françafrique sans pour autant céder au renoncement. Reste à savoir si les dirigeants africains seraient prêts à engager ce dialogue sur des bases aussi viriles que pragmatiques.
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
Pour aller plus loin
- Guerre et géopolitique (Perspectives Libres)
- Le grand abécédaire du Brexit, Jean-Michel Salmon (Perspectives Libres)
- Prêcheurs de haine, Pierre-André Taguieff (Éditions Mille et Une Nuits)
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