En 1945, la France n’a rien d’une puissance triomphante. Pourtant, elle décroche un siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, au même titre que les États-Unis, l’URSS, le Royaume-Uni et la Chine. Comment expliquer ce résultat, alors que Roosevelt ne cachait pas son hostilité à la France libre et que Churchill, malgré des relations complexes avec de Gaulle, restait un allié incertain ? Paul-Marie Coûteaux rappelle un élément souvent oublié : le rôle décisif des pays latino-américains.
À la création de l’ONU, une quarantaine d’États seulement siègent, dont une vingtaine venus d’Amérique latine. Ces nations, attachées à la langue française et à une certaine communauté de culture latine, réclament la présence de la France. « Où est la France ? », demandent-elles. Ce soutien pèse dans la balance et contraint les Anglo-Saxons à accepter ce qu’ils n’auraient peut-être pas concédé spontanément.
De Gaulle, de son côté, a su jouer de ce rapport de force et de la rivalité entre alliés occidentaux. Pour Londres, affaiblie face à Washington, la présence française au Conseil de sécurité offre aussi un contrepoids utile. C’est ainsi que, malgré l’occupation, l’humiliation de 1940 et les plans américains de mise sous tutelle, la France conserve son rang. Un héritage diplomatique dont nous vivons encore aujourd’hui.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Le siège permanent, un atout à ne pas brader
Ce siège n’est pas seulement un héritage historique : il reste aujourd’hui l’un des rares leviers qui permettent à la France de peser sur les affaires du monde sans passer par un intermédiaire. C’est précisément ce que le colonel Jacques Hogard, ancien officier de la Légion étrangère, rappelle avec insistance, en soulignant que cet atout n’a de valeur que s’il est préservé dans sa forme actuelle.
« On a un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Si on ne le brade pas et si on ne le donne pas à l’Union européenne, à madame Von der Leyen ou à monsieur Merz, c’est un atout précieux. »
Jacques Hogard (Chaîne officielle TVL)
La pression pour mutualiser ce siège au profit d’une représentation commune des États membres de l’UE n’est pas nouvelle, mais elle s’est intensifiée au fil des années. Pour Hogard, y céder reviendrait à une forme d’abandon de souveraineté, comparable selon lui à ce qui s’est produit avec d’autres prérogatives nationales progressivement transférées vers des instances supranationales. Le siège permanent s’accompagne d’un droit de veto que la France est l’une des rares nations au monde à détenir, aux côtés des États-Unis, de la Russie, du Royaume-Uni et de la Chine. Ce veto n’a de portée réelle que s’il est manié au nom d’une politique étrangère autonome, fondée sur l’intérêt national. Dès lors que la position française s’aligne systématiquement sur une ligne commune européenne ou atlantique, l’outil perd une large part de sa substance.
Partager le siège à l’ONU : une tentation aux conséquences irréversibles
Ce débat n’est pas purement théorique. Des rumeurs ont circulé sur un possible partage du siège permanent français au Conseil de sécurité avec l’Union européenne, voire avec l’Allemagne, au nom d’une représentation commune du continent. Pour Jacques Hogard, ancien officier supérieur et parachutiste de la Légion étrangère, cette perspective relève de l’abandon pur et simple.
« Ce sont des choses qui me font hurler en tant que français, en tant que citoyen français, en tant que patriote français. »
Jacques Hogard (OMERTA)
Le siège en question n’est pas un héritage symbolique : il confère un droit de veto sur toutes les décisions du Conseil, instrument concret d’influence dans les crises internationales. Y renoncer, même partiellement, c’est accepter que des intérêts étrangers pèsent sur des décisions engageant la France. Or Hogard souligne que l’Allemagne, souvent présentée comme partenaire naturel de ce partage, vient de torpiller plusieurs programmes de défense communs, dont le système de combat aérien du futur (SCAF) et le projet de char commun, signaux peu encourageants d’une convergence d’intérêts durable.
La logique souverainiste est ici mécanique : un siège cédé ou mutualisé ne se récupère pas. Contrairement à une loi ou un traité ordinaire, la composition du Conseil de sécurité est figée par la Charte des Nations Unies, dont toute révision exige l’accord unanime des membres permanents actuels. Ce que la France abandonnerait, elle ne pourrait le reprendre qu’avec l’accord de ceux-là mêmes qui en auraient bénéficié.
Vidéo « Débat sur les solutions pour l’avenir du monde » de UPR
Cet article vous a-t-il été utile ?
Qu’est-ce qui n’allait pas ? (facultatif)
Merci, c’est noté.
