La paralysie du détroit d’Ormuz ne concerne pas que le pétrole. Le gaz naturel liquéfié, dont le Qatar est un acteur majeur, subit également des dommages durables. Avec des stocks français constitués en retard et un hiver qui approche, la question d’une nouvelle crise gazière devient légitime. Michel Fayad, professionnel de l’énergie et de la finance, livre une analyse sans détour.

Pourquoi la France risque-t-elle une nouvelle crise du gaz cet hiver ?

Trois facteurs convergent, selon Michel Fayad :

  • Infrastructures qataries endommagées durablement : 12 à 13 % des capacités de liquéfaction de gaz du Qatar ont été détruites. L’invité précise que même si le détroit d’Ormuz rouvrait, ces installations ne seront pas opérationnelles avant environ cinq ans.
  • Stocks français en retard : « On n’a pas fait suffisamment pour remplir nos stocks, ça c’est certain », affirme-t-il, pointant un contraste avec les efforts asiatiques.
  • Prix déjà orienté à la hausse : le gaz coûte aujourd’hui plus cher qu’à la même date l’année précédente, signal précurseur d’une tension qui pourrait s’accentuer avec le froid.

Le Qatar, un fournisseur clé mis hors jeu

Avant le conflit, le Qatar produisait 77 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié chaque année, dont une partie importante transitait par le détroit d’Ormuz. Les frappes iraniennes ont modifié la donne.

« Même si le détroit d’Ormuz venait à rouvrir, il faut quand même comprendre que 12 à 13 % des installations de liquéfaction de gaz qataries ont été détruites pour les 5 prochaines années. »

Michel Fayad (Front Populaire)

Cette capacité perdue ne se remplace pas du jour au lendemain. Le marché du GNL est largement dominé par les Qataris, les Australiens, les Américains et, de plus en plus, par les Russes. Or, côté européen, la volonté affichée de ne pas acheter de gaz russe ferme une partie de l’alternative.

Un impact qui dépasse largement le chauffage

Michel Fayad tient à rappeler que le gaz n’est pas qu’une question de confort domestique. Le tiers des engrais mondiaux transite également par le détroit d’Ormuz. La conséquence est directe sur la production agricole et, in fine, sur les prix alimentaires.

« Quand on dit le pétrole et le gaz, ce n’est pas seulement le prix à la pompe, c’est également pour faire tourner toute notre industrie. »

Michel Fayad (Front Populaire)

Le raisonnement vaut pour l’aluminium, le transport routier et, plus largement, l’ensemble de l’économie française. L’invité observe que la hausse des prix est déjà perceptible au supermarché, pas seulement à la station-service.

Des alternatives possibles mais négligées

Face à cette situation, la France dispose de marges de manœuvre sous-utilisées, selon l’éditorialiste. La géothermie, énergie non intermittente, pourrait compléter le nucléaire et réduire la dépendance au gaz. Des projets existent, notamment en Alsace, mais les investissements restent insuffisants.

Le débat sur la sortie du marché européen de l’électricité refait également surface. Si la France parvenait à bâtir un mix énergétique fondé sur le nucléaire et la géothermie, la logique voudrait qu’elle ne subisse plus un prix européen largement indexé sur le pétrole et le gaz. L’invité reconnaît que cela suppose des évolutions institutionnelles majeures, mais rappelle que la Slovaquie a déjà fait voter la primauté du droit national sur le droit européen.

Une dépendance aux importations toujours structurante

La France reste dépendante des importations, notamment de diesel en provenance d’Inde. Les Émirats arabes unis ont quitté l’OPEP, ce qui pourrait, à terme, peser sur les prix à la baisse. Mais ces effets ne se feront pas sentir avant la saison froide.

Les Ukrainiens poursuivent par ailleurs leurs frappes sur les installations gazières russes, réduisant encore l’offre disponible. L’hypocrisie du marché est soulignée par l’invité : le GNL dit « chinois » qui arrive en Europe est en réalité du gaz russe dont les documents ont été modifiés.

Ce qu’il faut retenir

La crise du gaz cet hiver n’est pas une hypothèse abstraite : elle combine des infrastructures endommagées durablement, des stocks en retard et des alternatives insuffisamment développées. La France dispose d’atouts réels mais tarde à les mobiliser. Le débat sur la politique énergétique mérite mieux que des ajustements à la marge.

Vidéo « Détroit d’Ormuz et prix des carburants, analyse énergétique » de Front Populaire

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