Alors que le prix du carburant s’envole et que la fermeture du détroit d’Ormuz rappelle la fragilité de nos approvisionnements en hydrocarbures, la question des alternatives énergétiques redevient centrale. Parmi elles, une ressource reste étrangement absente des priorités gouvernementales : la géothermie. Pourtant, contrairement aux énergies sur lesquelles l’exécutif concentre ses efforts, elle présente un avantage décisif.
Pourquoi la géothermie est-elle une alternative crédible à l’éolien et au solaire en France ?
La réponse tient en un mot : continuité. L’éolien et le solaire sont des énergies intermittentes, qui ne produisent que lorsque le vent souffle ou que le soleil brille. La géothermie, elle, fournit une énergie constante, indépendante des conditions météorologiques. Michel Fayad, professionnel de l’énergie et de la finance, éditorialiste international, l’exprime sans détour lors d’un entretien consacré à la crise énergétique :
« Le gouvernement est en train de se focaliser sur l’éolien ou le solaire. L’éolien et le solaire, ce sont des énergies qui sont intermittentes. Donc elles ne permettent pas vraiment d’être des véritables alternatives au nucléaire, au pétrole ou au gaz. En revanche, il y a la géothermie qu’on pourrait utiliser et qu’on pourrait utiliser beaucoup plus qu’on le fait aujourd’hui parce que la géothermie n’est pas intermittente. »
Michel Fayad (Front Populaire)
Concrètement, la géothermie peut servir au chauffage, un usage essentiel en hiver, précisément au moment où la demande énergétique est la plus forte et où l’intermittence des renouvelables se fait le plus cruellement sentir. C’est là que réside son intérêt stratégique pour un pays comme la France.
Un potentiel français sous-investi, malgré des projets existants
Des projets géothermiques existent déjà sur le territoire national, notamment en Alsace. Michel Fayad souligne que des investissements supplémentaires permettraient de « vraiment permettre que la France ait un ce qu’on appelle un mix énergétique qui soit basé beaucoup sur le nucléaire et sur la géothermie et moins sur le gaz et sur le pétrole ».
L’analyste identifie trois erreurs successives dans la politique énergétique française. D’abord, la fermeture de deux raffineries sous le mandat de François Hollande, dont celle de Petit-Couronne en Normandie, qui desservait notamment l’aéroport de Paris. Ensuite, la loi portée par Nicolas Hulot au début du premier mandat d’Emmanuel Macron, fixant à 2040 l’arrêt de la production pétrolière sur le territoire français, alors que les gisements concernés étaient de toute façon en fin de vie. Enfin, et c’est le point qui nous intéresse ici : la focalisation sur l’éolien et le solaire au détriment de la géothermie.
Sortir de la dépendance aux hydrocarbures : ce que changerait un mix nucléaire-géothermie
La crise actuelle au Moyen-Orient rend cette question d’autant plus pressante. Avant la guerre, environ 20 % du pétrole mondial et 22 à 23 % du gaz naturel liquéfié transitaient par le détroit d’Ormuz. Aujourd’hui, la circulation y est quasi nulle, entre 0 et 6 pétroliers par jour selon Michel Fayad. Les installations de liquéfaction de gaz qataries ont été détruites à hauteur de 12 à 13 %, pour une durée estimée à cinq ans. Le tiers des engrais mondiaux empruntait également cette voie maritime.
Dans ce contexte, l’analyste plaide pour une réorientation des choix énergétiques français. Un mix nucléaire-géothermie réduirait structurellement la dépendance du pays aux importations de gaz et de pétrole, et donc son exposition aux chocs géopolitiques. Cela impliquerait aussi de s’interroger sur le mécanisme du prix européen de l’électricité :
« Le prix européen nous fera plus de mal que du bien puisque il serait basé essentiellement sur le pétrole et le gaz. Donc nous si on en sort, autant en sortir. »
Michel Fayad (Front Populaire)
Sur ce point, Michel Fayad reconnaît qu’une sortie du prix européen serait « compliqué sans sortir de l’Union européenne », tout en rappelant que des pays comme la Slovaquie ont fait voter la primauté du droit national sur le droit européen. « Quand on veut, on peut », ajoute-t-il.
Ce qu’il faut retenir
La géothermie n’est pas une énergie d’appoint : elle est une alternative non intermittente, mobilisable en hiver, et déjà présente dans le sous-sol français, notamment en Alsace. Son sous-investissement relève d’un choix politique, pas d’une impossibilité technique. Alors que les crises géopolitiques rappellent le coût de la dépendance aux hydrocarbures, la question d’un mix nucléaire-géothermie mérite mieux qu’une parenthèse dans le débat énergétique.
Vidéo « Détroit d’Ormuz et prix des carburants, analyse énergétique » de Front Populaire
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