Le mouvement des Gilets jaunes a marqué un tournant dans l’histoire sociale française. Spontané, transversal, ancré sur les ronds-points, il a bousculé le pouvoir comme rarement. Pourtant, son essoufflement rapide interroge encore. L’invité d’un entretien diffusé le 11 septembre 2026 sur la chaîne Omerta avance une explication rarement formulée aussi nettement dans le débat public : La France Insoumise aurait contribué, de l’intérieur, à fracturer un mouvement qui cherchait précisément à dépasser les logiques partisanes.

Pourquoi le mouvement des Gilets jaunes s’est-il éteint et quel rôle LFI y a-t-il joué ?

Le mouvement des Gilets jaunes a été affaibli par plusieurs facteurs convergent : l’absence initiale de structuration, la répression étatique, l’épuisement de la mobilisation et les divisions internes. Selon l’invité, ces divisions ont été amplifiées par l’intervention de La France Insoumise, qui a importé une lecture politique clivante, opposant notamment les chefs d’entreprise aux salariés, alors que la force du mouvement résidait dans son union transpartisane.

Un mouvement né en dehors des partis

Les Gilets jaunes surgissent à l’automne 2018 sur une revendication simple : le pouvoir d’achat et la justice fiscale. Leur particularité tient à leur caractère spontané, sans appareil syndical ni parti structurant. Cette absence d’intermédiaire inquiète l’ensemble de la classe politique, y compris dans ses segments qui se revendiquent du peuple.

L’invité rappelle que Jean-Luc Mélenchon accueille d’abord très mal le mouvement. Pour lui, les Gilets jaunes évoquent les Bonnets rouges, c’est-à-dire, selon la grille de lecture de LFI, une « collaboration de classe » entre salariés et chefs d’entreprise, voire un mouvement marqué à l’extrême droite. Ce rejet initial traduit une difficulté à accepter un soulèvement qui échappe aux catégories idéologiques classiques.

L’irruption des logiques partisanes sur les ronds-points

La première phase du mouvement voit des personnes issues de tous horizons se retrouver sur les ronds-points : artisans, retraités, salariés précaires, agriculteurs, professions libérales. Cette hétérogénéité est une force. Elle permet d’éviter l’enfermement dans un camp politique et contraint le pouvoir à faire face à une contestation massive.

Selon l’invité, cette dynamique se fissure quand des militants de La France Insoumise arrivent dans les assemblées et imposent leurs grilles de lecture. La critique affichée visait la présence jugée excessive de chefs d’entreprise parmi les manifestants. Le mouvement, qui avait su neutraliser les étiquettes, se retrouve travaillé par des tensions de classe internes. L’invité affirme sans détour :

Le mouvement des Gilets jaunes, s’il a été flingué de l’intérieur par quelqu’un, c’est par LFI. Quand les gauchistes sont arrivés et qu’ils ont dit qu’il y avait trop de chefs d’entreprise, je me rappelle, on y était tous.

Alexis Poulin (OMERTA)

Cette observation est présentée comme un constat partagé par de nombreux participants. La politisation partisane du mouvement n’aurait pas seulement produit des désaccords tactiques : elle aurait contribué à désorganiser une mobilisation qui tirait sa légitimité de son caractère populaire, sans médiation partisane.

L’impossible unité populaire face aux stratégies de contrôle

Le cas des Gilets jaunes éclaire un problème plus large : la difficulté à fédérer des groupes sociaux hétérogènes face à un pouvoir qui dispose, lui, de l’appareil d’État, des médias de masse et d’une capacité de répression considérable.

L’invité souligne que les oppositions semblent travailler contre leur propre intérêt en refusant de dépasser leurs différences. Les divergences réelles et légitimes entre sensibilités de droite, de gauche ou sans affiliation deviennent des obstacles là où l’action commune exigerait un cadre souple. Dans le même temps, le pouvoir central, décrit comme discipliné sur l’essentiel, ne se déchire que sur la répartition des bénéfices du système.

Cette asymétrie est au cœur de la réflexion proposée. Le mouvement des Gilets jaunes a démontré qu’une mobilisation de masse pouvait surgir sans organisation préalable. Mais il a aussi montré, selon cette analyse, qu’une telle mobilisation reste vulnérable aux logiques de récupération ou de division portées par des organisations politiques structurées.

Que faire de cette expérience ?

Pour l’invité, tirer les leçons de 2018-2019 consiste à refuser le spontanéisme autant que le quadrillage partisan. La colère existe, la conscience des injustices est largement partagée, mais la transformation de cette colère en force durable suppose une organisation propre, capable de résister aux stratégies de division.

Le constat est sans complaisance : les idées souverainistes ont gagné en maturité, mais la capacité à produire une action collective de longue haleine reste à construire. L’exemple des Gilets jaunes illustre le piège : un mouvement né hors des partis, redouté pour cela, et finalement affaibli par l’importation de logiques extérieures à sa dynamique initiale.

Ce qu’il faut retenir

L’analyse proposée par l’invité restitue une dimension souvent occultée de l’histoire des Gilets jaunes : l’effet délétère des luttes partisanes sur un mouvement issu du peuple. Sans nier la répression ni l’épuisement naturel, elle invite à considérer la division interne comme un facteur décisif de la fin de la mobilisation. La leçon dépasse ce seul épisode : elle interroge la capacité des forces contestataires à construire une unité durable face à un système dont la discipline, elle, ne se dément pas.

Vidéo « Politique française 2027 et mobilisation de la colère citoyenne » de OMERTA

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