Selon le philosophe Fabien Schang, l’origine de la notion de lutte des classes est bien plus française qu’on ne l’imagine. Interrogé lors d’un entretien, il rappelle une anecdote historiographique frappante : c’est en lisant le ministre français François Guizot, sous la monarchie de Juillet, que Marx aurait eu la révélation. À un journaliste qui l’interrogeait sur le sens de sa politique, Guizot répondait sans détour : « Je fais de la lutte des classes, je me bats. » Marx, en découvrant ces propos, se serait exclamé : « Bon sang, mais c’est bien sûr. » Et il en aurait fait le moteur de toute sa théorie.
Cette filiation bouscule l’idée selon laquelle la lutte des classes serait née dans les cercles socialistes allemands. Elle montre au contraire qu’elle fut d’abord revendiquée par un conservateur libéral, soucieux d’encadrer le peuple plutôt que de l’émanciper. Schang replace cet épisode dans une histoire politique française où les clivages ne recouvraient pas encore ceux qu’on connaît : la droite de Guizot se pensait comme porteuse d’un ordre social, non comme une idéologie de classe.
En resituant cette genèse, c’est aussi un certain usage du marxisme en France qui se trouve questionné : celui d’un outil intellectuel qui, paradoxalement, doit beaucoup à un adversaire assumé. Un héritage encombrant, souvent effacé des récits militants.
Vidéo « Débat sur l’avenir du clivage droite-gauche » de Cercle Aristote – Pierre Yves Rougeyron
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