Le Rassemblement national a voté l’obligation d’identification sur les réseaux sociaux, une mesure qui interroge venant d’un parti dont l’audience s’est construite en grande partie sur ces plateformes. Pierre-Yves Rougeyron, invité de Géopolitique Profonde, y voit un signal inquiétant : pour lui, ce vote illustre jusqu’où le RN est désormais prêt à aller dans sa quête de respectabilité institutionnelle.
L’analyse est cinglante. Alors que le parti bénéficie directement de la liberté d’expression en ligne, il soutient un dispositif qui pourrait la fragiliser, comme il l’avait fait sur d’autres sujets sensibles. L’invité évoque un parti « prêt à tout pour un pouvoir qui n’en sera jamais un », estimant que cette compromission affaiblit sa position sans rassurer ses adversaires.
Reste la question centrale : comment un mouvement qui doit son essor aux réseaux sociaux peut-il voter une loi qui en restreint l’accès ? Le paradoxe, pour Rougeyron, n’est pas une maladresse tactique mais le symptôme d’une transformation plus profonde.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Traçage numérique : la liberté individuelle en question
La question de l’identification sur les réseaux sociaux ne s’arrête pas aux seules plateformes sociales. Lors des Assises de la souveraineté, Philippe de Villiers a élargi le cadre en pointant une dynamique plus générale :
« Nous ne serons plus demain que des profils algorithmiques fichés, scannés, notés, géolocalisés. »
Philippe de Villiers (chaîne Florian Philippot)
Cette formulation synthétise une réalité technique déjà en partie déployée : le croisement des données de navigation, de géolocalisation et de paiement permet aujourd’hui de construire des profils comportementaux d’une précision croissante, sans que les citoyens en aient nécessairement conscience. De Villiers qualifie ce phénomène de « nœud coulant du numérique », associant la tentation totalitaire non plus à un régime politique identifiable, mais à une infrastructure technique diffuse, gérée en partie par des acteurs privés et encadrée par des régulations européennes sur lesquelles la France n’a qu’une prise limitée.
C’est précisément ce point qui articule cette réflexion à la question du vote au Parlement européen : accepter un cadre supranational de gestion des identités numériques, c’est aussi accepter que les règles du traçage soient fixées ailleurs. Pour les souverainistes, la maîtrise des données des Français est inséparable de la maîtrise législative nationale. Déléguer l’une revient, de fait, à fragiliser l’autre.
Vidéo « Ceuta: analyse géopolitique avec Pierre-Yves Rougeyron » de GÉOPOLITIQUE PROFONDE
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