Arrivé en France en 2012 après avoir fui la Syrie, Omar Youssef Souleimane obtient au bout de huit mois une carte de séjour valable dix ans. C’est simple, rapide, administrativement efficace. Mais que se cache-t-il derrière cette efficacité ? Un stage d’intégration d’une seule journée, dispensé dans une langue que l’intéressé ne comprenait pas encore. Une expérience personnelle qui, racontée dans son livre Les héritiers de la haine, met en lumière les failles béantes du dispositif français d’accueil des étrangers.

Pourquoi le parcours d’intégration des immigrés en France est-il structurellement insuffisant ?

Le constat posé par Omar Youssef Souleimane est limpide : la France excelle dans la délivrance de papiers, mais néglige l’essentiel, à savoir la transmission de la langue, de l’histoire et des valeurs républicaines. Trois défaillances majeures ressortent de son témoignage :

  • Un accompagnement linguistique quasi inexistant : aucun test de niveau de français n’est exigé avant l’entrée en stage, laissant des primo-arrivants suivre une journée entière sans rien comprendre.
  • Un contenu d’intégration symbolique : une seule journée pour aborder les valeurs françaises, la politique de la République et le fonctionnement institutionnel, puis une attestation remise sans vérification des acquis.
  • Une absence de suivi dans la durée : après ce stage initial, aucun dispositif obligatoire ne prolonge l’accompagnement vers la maîtrise de la langue ou la connaissance de l’histoire nationale.

Un stage d’intégration qui ne vérifie rien

Le récit de l’écrivain franco-syrien est édifiant. Lorsqu’il se présente au stage organisé par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), il ne parle pas encore français. Personne ne le lui demande. Le formateur déroule sa journée, évoque les institutions, la République, les valeurs françaises, pendant que lui, assis dans la salle, ne saisit rien du propos.

« En fin de journée, on m’a donné une attestation, on m’a félicité, vous êtes intégré en France. Bah c’est ça l’intégration. »

Omar Youssef Souleimane (Front Populaire)

Une attestation remise à quelqu’un qui n’a pas compris un mot de la formation. Le symbole est fort : l’État français valide une intégration qui n’a pas eu lieu, du moins pas par ce biais. Si Omar Youssef Souleimane a fini par s’assimiler, c’est par un effort personnel considérable, pas grâce au dispositif public. Il raconte avoir passé des mois à étudier seul la séparation des pouvoirs, les révolutions françaises, la loi de 2004, le référendum de 1958, la Marseillaise. Un parcours d’autodidacte qui force le respect, mais qui ne devrait pas être la norme.

Une exigence qui devrait commencer dès le premier jour

Pour l’auteur, le problème ne se limite pas aux primo-arrivants. Il observe que de nombreux jeunes nés en France, issus de l’immigration, ne maîtrisent ni le français ni la langue de leurs parents. Une double absence linguistique qui crée un vide identitaire, lui-même comblé par des discours radicalisés diffusés sur les réseaux sociaux. La langue, rappelle-t-il, est le socle de tout : sans mots pour s’exprimer, la violence prend le relais.

L’assimilation, terme qu’il assume désormais, implique selon lui un choix assumé : accepter de perdre une partie de sa culture d’origine pour embrasser pleinement la société d’accueil. Ce choix, il l’a fait. Mais il constate que l’État ne donne pas aux nouveaux arrivants les outils pour le faire. La carte de séjour arrive vite, l’attestation d’intégration aussi, mais la transmission de ce qui fait la France, elle, reste à la charge de chacun.

Refonder l’accueil : langue, histoire, exigence

Le propos d’Omar Youssef Souleimane n’est pas un réquisitoire contre l’immigration. C’est un plaidoyer pour une intégration exigeante, fondée sur la langue et l’histoire. Il pointe une incohérence française : distribuer généreusement des titres de séjour et des naturalisations sans exiger en retour un véritable parcours d’appropriation de la culture nationale. Pendant ce temps, des prédicateurs sur TikTok, eux, parlent parfaitement français et comblent le vide laissé par l’absence de récit commun.

Ce qu’il faut retenir

Une carte de séjour de dix ans après huit mois sans parler français, une attestation d’intégration après une journée de stage incompréhensible : le témoignage d’Omar Youssef Souleimane révèle un système qui coche des cases administratives sans garantir une adhésion réelle à la nation. L’intégration ne se décrète pas, elle se construit par la langue, l’histoire et l’exigence. C’est peut-être là que la France, dans sa générosité procédurale, a cessé d’être ambitieuse pour ceux qu’elle accueille.

Vidéo « Radicalisation à l’école, entretien avec Omar Youssef Souleimane » de Front Populaire

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