Un film sur Jean Moulin qui ose représenter des collaborateurs issus de la gauche : voilà ce qui a suffi à déclencher une bronca dans le microcosme cinématographique français. Comme le souligne l’invité, ce long-métrage, porté notamment par Jean Dujardin, est pourtant jugé « très bien » et « honnête ». Mais son péché n’est ni technique ni esthétique : il est historique. « On commence enfin à faire des films un peu honnêtes sur la période », constate-t-il, avant d’asséner le nœud du scandale : « Dans ce film, des collabos de gauche, et ça, ils ne supportent pas. »
L’affaire illustre parfaitement la thèse défendue tout au long de l’entretien : le cinéma français reste un champ de bataille idéologique où certaines vérités demeurent intouchables. La réaction outrée à cette simple figuration historique confirme que, pour une partie du conformisme ambiant, la Occupation doit demeurer un récit verrouillé, manichéen, imperméable à la complexité.
L’invité replace cette polémique dans une critique plus large d’un « cinéma à thèse », qu’il juge responsable de la décrépitude du septième art français. Un film sur le bataillon du Pacifique, une fresque sur la bataille de Stonne ? Personne ne les tournera. Mais qu’on touche à la mythologie résistante en y incluant des personnages politiquement incorrects, et les hurlements surgissent.
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
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