Vingt-cinq ans d’isolement politique pour avoir vu juste sur l’Europe, puis un ralliement tardif à l’europhilie qui scellera sa chute : la trajectoire de Jeremy Corbyn illustre l’impasse historique de la gauche social-démocrate face à l’Union européenne. C’est l’analyse que développe Pierre-Yves Rougeyron, invité du Cercle Aristote pour les dix ans du Brexit.
Selon lui, Corbyn était le dernier représentant du travaillisme britannique d’origine, historiquement eurosceptique. Cette tradition trouvait sa source dans la base syndicale du Labour, qui considérait dès l’après-guerre le projet européen comme une construction libérale incompatible avec la défense des travailleurs. Corbyn, à l’écoute de ces syndicats, avait compris très tôt la nature du problème européen. Il en a payé le prix par un isolement politique de vingt-cinq ans au sein de son propre parti.
Le retournement, explique Pierre-Yves Rougeyron, est venu après le bras de fer entre Margaret Thatcher et Jacques Delors dans les années 1980. Les syndicats britanniques, défaits sur le terrain intérieur, se sont alors convaincus que seule l’Europe pourrait porter leurs combats sociaux. Une « pensée magique », selon l’invité, qui perdure jusqu’à aujourd’hui.
Résultat : quand Corbyn s’est enfin rallié à l’europhilie ambiante, le geste ne lui a rien rapporté. Il a au contraire signé son suicide politique. Un cas d’école du dilemme social-démocrate face à Bruxelles.
*D’après un entretien de Pierre-Yves Rougeyron sur Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron*
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