La question de l’identité constitutionnelle française refait surface dans le débat public, portée cette fois par une proposition visant à inscrire la mention d’une « tradition chrétienne » dans notre loi fondamentale. Derrière cette formulation se joue un équilibre délicat : comment affirmer un héritage historique sans remettre en cause le principe de laïcité auquel les Français sont massivement attachés ?

Pourquoi inscrire la tradition chrétienne dans la Constitution française tout en maintenant la laïcité ?

La proposition défendue par François Asselineau repose sur une distinction essentielle :

  • La laïcité reste le socle : l’État n’impose aucune religion, n’en reconnaît officiellement aucune, et garantit la liberté de conscience pour tous.
  • La tradition chrétienne s’ajoute comme référence historique et culturelle, non comme norme religieuse.
  • L’objectif est juridique : fournir un fondement constitutionnel permettant d’encadrer certaines demandes religieuses sans créer de religion d’État.
  • La portée visée est concrète : architecture des lieux de culte, jours fériés, pratiques publiques.

La laïcité autorise la construction de mosquées, de synagogues ou de temples. Mais elle ne dit rien, aujourd’hui, sur ce qui permettrait d’encadrer des projets architecturaux ostentatoires ou des revendications de visibilité croissante dans l’espace public.

Deux propositions concurrentes : chrétienne ou judéo-chrétienne ?

Le débat s’est cristallisé autour d’une alternative. D’un côté, la mention d’une « tradition chrétienne » ; de l’autre, celle d’une « tradition judéo-chrétienne », avancée par d’autres responsables politiques. François Asselineau récuse fermement la seconde option.

D’abord, pour des raisons historiques. Il rappelle que la catégorie « judéo-chrétien » est d’apparition récente, datant des années 1970-1980, et qu’elle ne correspond pas à l’histoire de France :

« Ce terme est très contesté, parce que l’histoire de France a été plutôt celle de la persécution des Juifs sous Philippe le Bel ou au Moyen Âge. Il n’y a pas de tradition particulièrement judéo-chrétienne. »

François Asselineau (UPR)

Ensuite, pour des raisons d’équilibre entre les communautés. Si l’on reconnaissait officiellement des fêtes ou des jours fériés liés au judaïsme au titre de la tradition nationale, qu’en serait-il des demandes émanant des Français de confession musulmane, bien plus nombreux ? Le risque serait d’ouvrir une course à la reconnaissance qui fragiliserait la cohésion nationale.

La référence chrétienne, elle, se veut purement factuelle : Noël, Pâques, la Pentecôte, le dimanche comme jour de repos, l’égalité entre hommes et femmes, l’absence d’interdits alimentaires, tout cela structure déjà le calendrier et les usages français sans être contesté par quiconque.

Un instrument juridique contre les dérives ostentatoires

L’argument le plus original porte sur l’utilité concrète d’une telle inscription. Selon François Asselineau, le droit français actuel ne permet pas de s’opposer efficacement à des projets qui, sans être illégaux, bouleverseraient l’équilibre visuel et culturel du pays.

Par exemple, si un financement étranger permettait la construction d’une mosquée monumentale avec des minarets de soixante mètres dans une ville de banlieue, sur quel fondement juridique un tribunal administratif pourrait-il s’y opposer ? Le principe de laïcité ne fournit pas de réponse, puisqu’il autorise précisément tous les cultes. Une référence constitutionnelle à la tradition chrétienne offrirait, elle, un point d’appui pour encadrer ce qui relève de la démesure ostentatoire, sans interdire quoi que ce soit.

Il souligne au passage une asymétrie : la construction d’églises demeure extrêmement difficile, voire interdite, dans plusieurs pays musulmans. En Arabie saoudite, tout culte autre que l’islam sunnite est prohibé. Dès lors, l’idée de discrétion réciproque relève, selon lui, du simple bon sens.

Une distinction subtile entre laïcité et tradition

François Asselineau insiste : ces deux notions ne sont pas contradictoires.

« Les Français sont très attachés à ce que, dans leur intimité, au fond de leur conscience, ils puissent avoir la religion qu’ils souhaitent. Ils peuvent être chrétiens, juifs, musulmans, bouddhistes, hindouistes, athées ou agnostiques. C’est la France. »

François Asselineau (UPR)

La tradition chrétienne n’impliquerait aucune religion d’État. Elle fournirait seulement un cadre de référence pour préserver un mode de vie, un calendrier, des coutumes alimentaires, un rapport à la liberté individuelle hérités de l’histoire nationale. Elle permettrait aussi de sanctuariser certains principes : pas de charia, pas de lapidation, pas de règles successorales discriminatoires, pas d’apostasie punie. Autant de lignes rouges que la seule laïcité ne suffit pas toujours à garantir lorsqu’elle est invoquée de manière extensive.

Ce qu’il faut retenir

Le débat sur l’inscription de la tradition chrétienne dans la Constitution dépasse la simple querelle symbolique. Il pose la question des outils juridiques dont dispose une nation pour préserver son identité sans renier son ouverture. La distinction entre laïcité et tradition, si elle est bien comprise, pourrait offrir une voie médiane : ni religion d’État, ni déracinement culturel. Reste à savoir si le débat public saura s’en emparer sérieusement.

Vidéo « François Asselineau répond à des questions, direct UPR » de UPR

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