Publié en 1762, ce traité de philosophie politique pose une question qui n'a rien perdu de son acuité : à quelles conditions un peuple peut-il se gouverner lui-même sans aliéner sa liberté ? Rousseau y développe la notion de volonté générale, distincte de la simple addition des intérêts particuliers, et soutient que la souveraineté appartient au peuple de manière inaliénable. Aucune institution, aucun représentant, aucun gouvernement ne peut en disposer à sa place sans trahir le pacte fondateur qui lie les citoyens entre eux.

Ce cadre théorique éclaire directement les débats contemporains sur la capacité d'une nation à décider par elle-même de ses choix stratégiques, qu'il s'agisse de la conduite de son économie, de ses alliances diplomatiques, de sa défense ou de la gestion de sa monnaie. Lorsqu'Étienne Chouard invoque Rousseau dans ses analyses du législateur et de la souveraineté populaire, c'est précisément parce que le texte pointe le danger de déléguer sans contrôle le pouvoir de faire la loi à des corps qui ne répondent plus devant le peuple.

Rousseau écrit dans un siècle où les monarchies absolutistes règnent encore sur l'essentiel de l'Europe. Poser alors que la légitimité politique ne descend pas d'en haut mais émerge du consentement collectif constituait une rupture radicale. Lire ce texte aujourd'hui, c'est se doter d'un instrument intellectuel pour examiner lucidement qui détient réellement le pouvoir de décision en France et au nom de qui il est exercé.

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