Alain Juillet, ancien directeur du renseignement à la DGSE et haut responsable de l'intelligence économique française, examine dans cet ouvrage l'énergie non comme un simple secteur industriel, mais comme un théâtre de conflits permanents entre puissances. Sa thèse centrale est que l'accès aux ressources énergétiques conditionne directement la capacité d'un État à exercer sa souveraineté : un pays dépendant pour son approvisionnement est un pays dont les marges de manoeuvre diplomatiques, industrielles et militaires sont structurellement réduites.
Pour la France, le diagnostic est direct. La dépendance aux hydrocarbures importés, les décisions prises sur le nucléaire sous pression extérieure ou idéologique, et l'absence d'une stratégie d'approvisionnement assumée comme priorité nationale exposent le pays à des formes de vulnérabilité que Juillet analyse avec le regard du praticien du renseignement économique. L'énergie y apparaît comme un levier de pression que les grandes puissances, États-Unis, Russie, Chine, manient avec une cohérence stratégique que la France peine à opposer avec la même clarté.
L'ouvrage s'inscrit dans une tradition française de pensée sur l'indépendance nationale héritée du gaullisme, qui posait comme principe que la liberté d'action d'un État commence par sa capacité à ne pas dépendre d'autrui pour ses besoins vitaux. Dans un contexte où les crises d'approvisionnement récentes ont révélé la fragilité de choix longtemps présentés comme rationnels, la lecture de Juillet offre des clés pour comprendre ce que signifie concrètement, en matière énergétique, décider par soi-même.
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