Publié en 1880, Le droit à la paresse est un pamphlet de Paul Lafargue, gendre de Karl Marx, dans lequel il s'attaque frontalement au culte du travail tel qu'il s'impose dans la société industrielle de son époque. Sa thèse est provocatrice : loin d'être une vertu, l'acharnement au travail constitue pour les classes laborieuses un instrument de leur propre exploitation. Lafargue y défend l'idée que la réduction du temps de travail, rendue possible par le développement des machines, devrait libérer les hommes plutôt que de les enchaîner davantage à la production.
Ce texte s'inscrit dans un moment charnière de l'histoire économique française, alors que la question de la maîtrise de l'appareil productif national commence à se poser avec acuité. L'argument de Lafargue soulève en creux une question qui reste entière : à qui profite la richesse produite par le travail national ? Dans un contexte où la désindustrialisation, les délocalisations et la dépendance économique vis-à-vis de puissances étrangères affaiblissent la capacité de la France à décider souverainement de son modèle social, ce pamphlet invite à réinterroger les fondements idéologiques qui ont conduit à subordonner le bien commun français aux intérêts du capital international. La formule attribuée à Jean-Philippe Tanguy sur le travail qui rend libre a récemment redonné une actualité inattendue à ce texte du XIXe siècle, en rouvrant le débat sur ce que la France veut faire de sa force productive.
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