Dans cet essai paru au Seuil en 2014, l'ancien Premier ministre Lionel Jospin livre un réquisitoire argumenté contre le legs napoléonien. Sa thèse centrale est que Napoléon, loin d'être le génie tutélaire que la mémoire nationale a tendance à célébrer, a durablement abîmé la France en concentrant tous les pouvoirs entre ses mains, en étouffant les libertés publiques et en épuisant le pays dans des guerres de conquête qui ne servaient que son ambition personnelle.

Ce que Jospin met en lumière intéresse directement la question de la souveraineté nationale. En montrant comment un homme seul a pu confisquer les institutions nées de la Révolution, vassaliser les corps intermédiaires et subordonner l'économie, la diplomatie et la défense à une logique impériale déconnectée de l'intérêt du peuple français, il pose une question qui reste d'actualité : à qui appartient réellement la décision politique en France ? La critique de la personnalisation du pouvoir et de l'effacement du contrôle démocratique résonne bien au-delà du XIXe siècle.

L'ouvrage s'inscrit dans une tradition républicaine qui refuse le culte du grand homme providentiel et rappelle que la puissance française n'a de sens que si elle repose sur des institutions représentatives solides et sur la capacité du peuple à exercer un contrôle effectif sur ses dirigeants. C'est à cette condition que la souveraineté n'est pas un mot creux.

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