Alors que le prix du carburant flambe et que le détroit d’Ormuz est quasiment bloqué, la question de la dépendance énergétique française revient au premier plan. Parmi les choix contestés des dernières années figure la loi Hulot de 2017, qui fixe à 2040 la fin de toute production pétrolière sur le territoire français. Une décision que Michel Fayad, professionnel de l’énergie et de la finance, éditorialiste international, considère comme une erreur stratégique.
Pourquoi la loi Hulot de 2040 sur la fin du pétrole français pose-t-elle problème ?
D’après Michel Fayad, la loi portée par Nicolas Hulot au début du mandat d’Emmanuel Macron est critiquable pour plusieurs raisons :
- La production française est déjà marginale : environ 10 000 barils par jour, soit une goutte d’eau à l’échelle mondiale.
- Les champs sont en fin de vie : leur épuisement naturel rendait inutile une date butoir contraignante.
- Les alternatives ne sont pas consolidées : la France n’a pas encore sécurisé un mix énergétique de remplacement.
- L’arrêt anticipé prive le pays d’une ressource d’appoint en période de crise, quand chaque baril compte.
Une production modeste mais précieuse en temps de crise
La France produit environ 10 000 barils de pétrole par jour. C’est peu, reconnaît Michel Fayad, mais dans un contexte de blocage du détroit d’Ormuz, de sanctions sur la Russie et de tensions au Moyen-Orient, disposer même d’une production réduite n’est pas négligeable. Le spécialiste de l’énergie estime ainsi que ces champs, voués de toute façon à s’épuiser, n’avaient pas besoin d’une échéance légale pour disparaître :
« On produit en France à peu près 10 000 barils de pétrole par jour. C’est tout petit, mais il n’empêche qu’en période de crise, les avoir, c’est pas mal. »
Michel Fayad (Front Populaire)
La loi accélère donc artificiellement un processus naturel, sans gain immédiat pour la transition énergétique, tout en réduisant la marge de manœuvre française en cas de choc d’approvisionnement.
Une décision symptomatique d’un mauvais calendrier énergétique
Cette loi s’inscrit, selon l’éditorialiste, dans une série d’erreurs de calendrier commises par les gouvernements successifs. La fermeture de raffineries sous François Hollande (Petit-Couronne en Normandie, et une autre près de Fos-sur-Mer) a réduit la capacité de raffinage nationale. La loi Hulot a fait disparaître un levier de production, même minime. Et dans le même temps, les investissements se sont concentrés sur l’éolien et le solaire, des énergies intermittentes qui ne constituent pas une alternative complète au pétrole ou au gaz.
La géothermie, qui n’est pas intermittente et pourrait couvrir une partie des besoins de chauffage, est citée par Michel Fayad comme une piste largement sous-exploitée, notamment en Alsace. Le contraste est frappant : la France se prive de ressources existantes avant d’avoir construit les alternatives.
Quand l’alignement sur Berlin a pesé sur notre indépendance énergétique
Ce choix de 2017 ne s’est pas produit dans un vide politique. Il s’inscrit dans un rapport de force plus large entre Paris et Berlin, dont les conséquences énergétiques ont rarement été nommées aussi directement. Dans les échanges analysés ici, la « germanophilie » de Macron est désignée comme ayant « coûté une partie de notre indépendance énergétique ». Le mécanisme est connu : dans la décennie 2010, la France a progressivement adapté ses ambitions industrielles et énergétiques aux priorités allemandes, notamment en matière de transition vers les énergies renouvelables intermittentes, au détriment d’une filière nucléaire que Berlin considérait avec méfiance depuis Fukushima.
Or la France disposait d’un atout que l’Allemagne n’avait pas : une production électrique décarbonée et pilotable, appuyée sur un parc nucléaire mature. Renoncer en parallèle à la production pétrolière nationale, aussi symbolique soit-elle en volume, revenait à multiplier les points de dépendance : dépendance aux importations d’hydrocarbures, dépendance aux règles du marché européen de l’énergie, dépendance à un agenda climatique co-construit à Bruxelles sous influence allemande.
« Sa germanophilie, qu’il a toujours entretenue, nous a quand même coûté une partie de notre indépendance énergétique. »
Vidéo d’OMERTA
Ce que ce constat pointe, c’est moins une erreur technique qu’une posture politique : celle d’un exécutif qui a choisi de faire coïncider ses priorités énergétiques nationales avec celles de son partenaire dominant au sein de l’Union, plutôt que de défendre une trajectoire propre à la structure industrielle française.
Gaz de schiste : interdire chez soi ce que l’on achète à l’étranger
Le paradoxe est frappant. Tandis que la France maintient l’interdiction totale de prospecter et d’exploiter le gaz de schiste sur son territoire, elle en importe des volumes significatifs en provenance des États-Unis. Fabien Bouglé pointe l’absurdité de la situation :
« On achète aux Américains du gaz de schiste alors qu’il est interdit en France. »
Fabien Bouglé (Tocsin)
Et le prix de cet achat est loin d’être neutre. Selon les informations apportées dans l’émission, l’Europe paye le gaz américain au prix auquel les consommateurs américains le règlent à la pompe, avant même d’y ajouter les coûts de transport, de logistique et de regazéification à l’arrivée dans les ports européens. Les marges dégagées par les compagnies américaines sont, dans ces conditions, considérables.
Ce qui rend la position française encore plus difficile à défendre, c’est l’évolution récente de pays qui avaient adopté la même interdiction. L’Allemagne et le Royaume-Uni ont tous deux levé leur propre moratoire sur la recherche de gaz de schiste, estimant que le contexte énergétique mondial rendait cette révision nécessaire. La France, elle, reste campée sur la loi votée sous le premier mandat d’Emmanuel Macron, sans réévaluation en vue.
Bouglé voit dans cette immobilité une forme d’incohérence stratégique : accepter de financer la production étrangère de schiste, tout en s’interdisant d’explorer ce que le sous-sol national pourrait receler.
Mayotte et le canal du Mozambique : un potentiel bloqué par la loi
Le cas de Mayotte illustre concrètement ce que la loi Hulot coûte en termes de souveraineté. La zone économique exclusive attachée à ce département ouvre à la France un accès direct à des gisements potentiellement importants dans le canal du Mozambique, une région dont la richesse en hydrocarbures est aujourd’hui reconnue. Or, le cadre législatif actuel interdit toute prospection, y compris pour simplement vérifier l’étendue des ressources disponibles.
Fabien Bouglé souligne la contradiction :
« On sait qu’il y a du pétrole et on ne peut même pas aller chercher pour voir, pour vérifier qu’il y en a. »
Fabien Bouglé (Tocsin)
L’enjeu n’est pas seulement énergétique. Pour Mayotte, département parmi les plus pauvres de France, l’exploitation de ces ressources représenterait une base de développement économique comparable à ce qu’ont connu d’autres territoires dotés de richesses offshore. Bouglé cite en référence l’Écosse avec Aberdeen ou la Norvège, dont les revenus pétroliers ont profondément transformé le niveau de vie des populations locales.
Un bémol mérite d’être posé : aucun gisement n’est à ce jour certifié dans cette zone. Les estimations avancées pour des sites comparables dans la région restent conditionnelles à des forages d’exploration. Bouglé lui-même reconnaît qu’on « sait qu’il y en a, mais on ne sait pas à combien », faute d’avoir pu engager les études nécessaires. C’est précisément ce verrou législatif que ses partisans souhaitent lever en priorité : non pour garantir une production immédiate, mais pour rouvrir la possibilité même d’évaluer ce que la France possède sous ses eaux.
Ce qu’il faut retenir
La loi Hulot de 2040 a figé dans le marbre une fin annoncée, sans bénéfice énergétique immédiat et sans alternative consolidée. À l’heure où le pétrole redevient une arme géopolitique, la France mesure le coût de ces renoncements anticipés. La souveraineté énergétique ne se décrète pas, elle se construit, et chaque baril compte quand la crise frappe.
Vidéo « Détroit d’Ormuz et prix des carburants, analyse énergétique » de Front Populaire
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