Emmanuel Macron a livré à la BBC une déclaration que le philosophe Fabien Schang qualifie de « confidence révélatrice » : « Je ne ferai jamais de référendum sur la sortie de l’Union européenne car les Français voteraient la sortie de l’Union européenne. »

Pour Fabien Schang, cet aveu illustre le fossé entre la société française et sa représentation politique. Selon lui, le président semble informé que la majorité des Français souhaitent sortir du dispositif mondialiste pour rendre le pouvoir au peuple. Or, aucun député ni sénateur ne porterait cette position : Jean-Luc Mélenchon a affirmé il y a peu qu’il n’était pas question de quitter l’Union européenne, et Jordan Bardella s’est dit proche du chancelier allemand Friedrich Merz, présentant l’Union comme l’avenir de la France.

Cette unanimité parlementaire, alors que la population reste majoritairement défiante, explique selon Fabien Schang l’écrasement du débat démocratique. Les formations souverainistes elles-mêmes n’exposeraient pas clairement ce qu’elles feraient du pouvoir s’il revenait aux Français. Le débat public resterait ainsi verrouillé par une « contrainte extérieure » qui prive le peuple de toute alternative réelle.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Le référendum à la main du prince : un verrou démocratique

La promesse d’un référendum convoque une illusion de démocratie directe. Étienne Chouard pose une distinction que le débat public escamote trop souvent : un référendum n’a de valeur démocratique qu’à condition d’être déclenché par les citoyens eux-mêmes. Dès lors que l’initiative appartient au chef de l’exécutif, le mécanisme se retourne contre ceux qu’il est censé servir.

« Le référendum est une procédure démocratique, mais à condition que le référendum soit à notre initiative. Parce que si le référendum est à l’initiative du prince, le prince ne pose que les questions dont il n’a rien à craindre. »

Étienne Chouard (Le Monde Moderne)

La mécanique est simple : celui qui formule la question contrôle le périmètre de la réponse. Un chef d’État qui soumet un référendum choisit le moment, le libellé et le contexte. Il neutralise ainsi l’outil au moment même où il prétend l’offrir.

Ce cadrage éclaire dix ans de promesses non tenues. Le précédent référendum français sur une question européenne majeure remonte à 2005. La réponse des citoyens a été ignorée : le traité refusé a été ratifié par voie parlementaire en 2008, sans que les urnes soient rouvertes. Pour Chouard, cette séquence n’est pas un accident mais la conséquence logique d’un système où l’initiative référendaire reste une prérogative du pouvoir exécutif, jamais un droit opposable des citoyens.

La question du référendum sur l’Union européenne n’échappe pas à cette règle. Tant que les citoyens ne disposent pas d’un référendum d’initiative populaire constitutionnellement garanti, l’annonce d’une consultation reste, selon cette analyse, un geste rhétorique plutôt qu’un engagement démocratique réel.

Vidéo « Débat sur l’avenir du clivage droite-gauche » de Cercle Aristote – Pierre Yves Rougeyron

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