La commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public a mis en lumière les dérives financières et éditoriales de France Télévisions. Mais derrière les salaires des dirigeants et les polémiques sur l’entre-soi, une réalité plus discrète mérite l’attention : celle des salariés confrontés à un management interne que plusieurs signaux décrivent comme dégradé. Michel Goldstein, ancien rédacteur en chef des sports à France Télévisions et coauteur des Intouchables de l’audiovisuel public, livre un éclairage inédit sur cette souffrance au travail rarement documentée.

Le Comité social et économique (CSE) de France Télévisions a mandaté, peu avant les auditions parlementaires, un cabinet extérieur reconnu pour évaluer le climat managérial en interne. Les conclusions pointent, selon Michel Goldstein, un « management toxique » qui s’est aggravé au fil des mandats de Delphine Ernotte.

« À l’intérieur de France Télévisions, il y a un management toxique et ça depuis des années, et ça a empiré avec les mandats de Delphine Ernotte. »

Michel Goldstein (Front Populaire)

Qu’est-ce que le rapport du CSE révèle sur la souffrance au travail à France Télévisions ?

Le rapport commandé par le Comité social et économique met en évidence les facteurs suivants :

  • Un management toxique documenté par un cabinet extérieur mandaté avant la commission d’enquête
  • Une multiplication de petits chefs issus de l’encadrement, souvent nommés pour bénéficier d’augmentations salariales, sans compétence managériale avérée
  • Des conflits prud’homaux délibérément prolongés, avec des affaires qui peuvent durer dix ans
  • Une culture du déni où la direction rejette les accusations au lieu de reconnaître les dysfonctionnements

La machine à produire des chefs incompétents

Michel Goldstein décrit un système structurel où l’avancement professionnel passe quasi exclusivement par l’encadrement : « Si vous ne passez pas dans l’encadrement, vous restez journaliste, l’avancement ne se fait pas. » Conséquence directe : des personnes accèdent à des postes de direction sans en avoir les compétences, dans une logique de progression salariale davantage que de vocation managériale.

L’ancien rédacteur en chef affirme avoir vu des directeurs arriver « ne connaissant strictement rien à rien » mais bénéficiant de rémunérations importantes. Cette stratification en mille-feuilles, avec ses strates de petits chefs, de chefs et de directeurs, nourrit un climat délétère que le rapport du CSE vient confirmer.

Les prud’hommes comme mode de gestion

Autre révélateur du climat interne : la manière dont France Télévisions gère les conflits avec ses salariés. Michel Goldstein rapporte avoir entendu des dirigeants justifier le recours systématique aux prud’hommes par une formule glaçante : « Ce n’est pas grave, ce n’est pas notre argent. » Cette logique conduit à des procédures interminables, étalées sur des années, alors même que d’autres salariés quittent l’entreprise avec des arrangements financiers.

Cette gestion à deux vitesses des ressources humaines contraste avec les efforts d’économie imposés aux journalistes de terrain : déplacements en seconde classe avec matériel, allers-retours sur une journée, conditions de tournage dégradées. Le tout pendant que certains directeurs conservent voitures de fonction et avantages, sans remise en cause apparente.

Une direction dans le déni

Face à ces constats, la présidence de France Télévisions n’a jamais fait son mea culpa. Delphine Ernotte a au contraire affirmé que les salariés avaient été traumatisés par la commission d’enquête et par les auditions, inversant la charge. Michel Goldstein reconnaît un traumatisme réel, mais dont l’origine est ailleurs : le management interne lui-même, pas l’examen parlementaire.

Là où une entreprise pourrait saisir l’occasion d’un rapport du CSE pour engager une remise à plat, France Télévisions maintient une posture défensive. Une culture du déni que l’ancien journaliste résume ainsi : « On n’est plus capable de dire "je me suis trompé, je vais rectifier". »

Ce qu’il faut retenir

Le rapport du CSE sur le management à France Télévisions met en lumière une réalité que les feux médiatiques de la commission d’enquête ont laissée dans l’ombre : celle des salariés confrontés à une direction verticale, à des prud’hommes instrumentalisés et à une culture de l’encadrement déconnectée des compétences. La question n’est pas seulement de savoir combien coûte l’audiovisuel public, mais dans quelles conditions travaillent ceux qui le font vivre. Une réforme du service public ne pourra faire l’économie de cet angle social.

Vidéo « Audiovisuel public : critiques et accusations selon Michel Goldstein » de Front Populaire

Cet article vous a-t-il été utile ?

Qu’est-ce qui n’allait pas ? (facultatif)

Signaler une erreur

Merci, c’est noté.