La question du prix de l’électricité est devenue un marqueur du malaise économique français. Derrière les hausses successives, il y a un enchaînement de décisions prises à Bruxelles, souvent mal connues du grand public, qui ont transformé un atout industriel majeur en fardeau pour les ménages et les entreprises. Lors des assises des souverainistes à Arras en 2026, l’économiste Philippe Murer a détaillé les mécanismes précis de cette dégradation, s’appuyant notamment sur les témoignages d’anciens dirigeants d’EDF et d’Areva.
Pourquoi le prix de l’électricité a-t-il doublé en France ?
La réponse tient en trois mécanismes imposés par le droit européen : la fin des tarifs réglementés du gaz, la libéralisation forcée du marché de l’électricité, puis l’obligation d’intégrer massivement des énergies renouvelables malgré un parc nucléaire déjà décarboné. Résultat : une multiplication par deux des prix pour les ménages et les entreprises françaises.
La fausse concurrence imposée par Bruxelles
Philippe Murer rappelle que la France disposait d’une électricité publique, abondante et bon marché grâce à EDF et à son parc nucléaire. Cette situation a été délibérément défaite. Selon les témoignages de Loïk Le Floch-Prigent, ancien PDG d’EDF, et d’Henri Proglio, ancien dirigeant d’Areva et d’EDF, cités lors de la conférence, le mécanisme a été brutal.
Les autorités européennes ont menacé la France d’une amende de 20 milliards d’euros pour « concurrence déloyale », au motif que son électricité n’était pas assez chère. Face à cette pression, Nicolas Sarkozy aurait cédé et organisé une « fausse concurrence » : des opérateurs alternatifs qui ne produisent pas d’électricité, mais produisent des factures, et qui prélèvent une rente sur le dos des consommateurs et d’EDF.
« Ils sont allés voir Sarkozy, ils lui ont dit : soit on te met 20 milliards d’euros d’amende parce que ton électricité n’est pas assez chère, soit tu cèdes et tu fais la fausse concurrence. M. Sarkozy a eu peur et il a tout lâché. »
Vidéo de Les Patriotes
Les énergies renouvelables contre le nucléaire français
Le deuxième étage de la mécanique européenne repose sur une directive fixant à la France un objectif de 42,5 % d’énergies renouvelables dans son mix électrique d’ici 2030. Pour un pays disposant déjà d’une électricité décarbonée grâce au nucléaire, cette obligation est économiquement absurde, souligne Philippe Murer : la France produit déjà en surplus et exporte son électricité à bas prix vers l’Allemagne.
Malgré cela, la programmation pluriannuelle de l’énergie impose de tripler le nombre d’éoliennes et de panneaux solaires sur le territoire. Coût estimé : 250 milliards d’euros d’investissements pour une électricité qui sera « invendable et inutile », car la valeur de l’électricité tend vers zéro quand il y a beaucoup de soleil et de vent. Ces investissements seront financés par les ménages et les entreprises françaises.
Le marché européen, cheval de Troie du renchérissement
Le troisième mécanisme est le marché européen de l’électricité lui-même. Son fonctionnement a pour conséquence directe que l’énergie nucléaire française est vendue à perte à l’Allemagne, tandis que les prix montent en France. Ce marché n’est que l’extension des règles de libéralisation adoptées dès les années 2000, progressivement durcies jusqu’à définir les prix en bourse.
Philippe Murer insiste sur le caractère cumulatif de ces dispositifs : aux prix de l’énergie s’ajoutent les taxes européennes sur l’efficacité énergétique et les taxes carbone, soit 26 centimes par litre de carburant en plus pour les automobilistes. Le tout s’articule avec des accords de libre-échange qui mettent les entreprises françaises en concurrence avec des économies aux normes sociales et environnementales bien moins exigeantes.
Une facture qui n’a rien d’inéluctable
L’économiste conteste l’idée selon laquelle la France pourrait sortir du marché européen de l’électricité tout en restant dans l’Union européenne. Les exemples avancés, comme celui de l’Espagne, relèvent de dérogations obtenues par un gouvernement européiste convaincu, pas d’une possibilité offerte à tous. La seule voie de sortie réelle, selon lui, est celle du Frexit.
Il esquisse ce que serait une politique énergétique libérée des contraintes bruxelloises : division par deux des prix de l’électricité au kilowattheure, sortie du marché du gaz et remise en place de prix régulés inférieurs de 25 % aux tarifs actuels, réservation de la commande publique aux entreprises françaises. Autant de mesures qui supposent de redevenir souverain sur le plan monétaire, juridique et commercial.
« Si quelqu’un voulait détruire l’économie française et l’économie européenne, je crois qu’il ne s’y prendrait pas autrement. »
Vidéo de Les Patriotes
Nucléaire et géothermie : les leviers d’une sortie cohérente
La logique du marché européen de l’électricité pénalise structurellement la France pour une raison simple : ce mécanisme indexe les prix sur la source de production la plus coûteuse appelée en dernier recours, soit le gaz ou le fioul. Or la France tire l’essentiel de son électricité du nucléaire, dont le coût marginal est sans commune mesure avec celui d’une centrale thermique. Résultat : le consommateur français paie une électricité au prix du gaz alors qu’elle est produite au prix de l’atome.
Michel Fayad, professionnel de l’énergie interrogé sur ces questions, estime qu’une sortie de ce mécanisme ne devient véritablement cohérente qu’à condition de compléter le nucléaire par la géothermie, une énergie non intermittente contrairement au solaire et à l’éolien, et donc réellement substituable aux fossiles pour la base du réseau. Des projets existent déjà sur le territoire, notamment en Alsace, mais restent selon lui sous-financés.
La question juridique reste entière. Sortir du marché européen de l’électricité sans sortir de l’Union européenne semble aujourd’hui impossible dans le cadre des traités en vigueur. Fayad cite pourtant le précédent slovaque : la Slovaquie, pays plus petit et économiquement moins puissant que la France, a fait voter par son Parlement la primauté du droit national sur le droit européen dans certains domaines.
« Quand on veut, on peut, je pense. »
Michel Fayad (Front Populaire)
Ce précédent ne règle pas la question juridique, mais il démontre qu’une marge de manoeuvre politique existe pour les États qui choisissent de l’exercer.
La règle de priorité de réseau, clé de voûte du problème
Au cœur du mécanisme qui pénalise la production nucléaire française se trouve une règle peu connue du grand public : la priorité de réseau accordée aux énergies intermittentes. Calquée sur des dispositions allemandes lors du mandat de Lionel Jospin, cette règle oblige le gestionnaire du réseau électrique à absorber en priorité l’électricité produite par les éoliennes et les panneaux solaires, quelle que soit la situation.
Les conséquences sont concrètes et coûteuses. Entre midi et 16 heures, lorsque la production solaire atteint son pic, le réseau se retrouve en surcharge. Les centrales nucléaires doivent alors réduire leur production pour laisser la place à cette électricité solaire. Résultat : une électricité déjà amortie, donc quasiment gratuite en coût marginal, est remplacée par une électricité subventionnée à prix élevé.
« On est en train de remplacer l’électricité amortie de nos centrales nucléaires par une électricité subventionnée à un prix absolument dingue. »
Fabien Bouglé (Tocsin)
Fabien Bouglé souligne que cette règle constitue le véritable levier de survie économique de la filière éolienne et solaire en France : sans elle, l’électricité nucléaire, moins chère et disponible en continu, serait systématiquement préférée par le réseau, rendant les projets renouvelables non compétitifs. Il cite en ce sens l’exemple espagnol, où des parcs solaires commencent à enregistrer des difficultés financières dès lors qu’ils sont exposés aux prix de marché réels, sans subventions ni priorisation.
Sa conclusion est directe : supprimer cette priorité de réseau suffirait, sans autre mesure, à mettre fin à la rentabilité artificielle de ces filières en France.
Le cas des boulangers : une faillite sans panne
L’épisode de 2022 offre une illustration saisissante de ce mécanisme. Quand la Russie a envahi l’Ukraine en février de cette année-là, les contrats d’électricité de nombreux artisans ont été multipliés par trois ou quatre du jour au lendemain. L’économiste Gilles Raveaud y voit une aberration révélatrice :
« À ce moment-là, il s’est rien passé du jour dans le système électrique français. »
Gilles Raveaud (Front Populaire)
Des boulangeries ont fermé, des salariés ont été licenciés, non pas parce que la France manquait d’électrons, mais parce que le prix de l’électricité était indexé sur celui du gaz via le marché européen. La hausse inévitable aurait pu être, selon Raveaud, de l’ordre de 20 à 30 %. Elle a atteint le quadruple.
Ce que cet épisode révèle concrètement, c’est l’absence de toute prise sur la tarification par l’État français. Raveaud est direct : le ministre de l’économie aurait pu, à ce moment précis, dénoncer les contrats alternatifs et fixer unilatéralement un prix de l’électricité permettant à EDF de fonctionner sans répercuter la spéculation gazière. Il ne l’a pas fait. La puissance publique disposait techniquement des leviers ; elle n’en avait plus, politiquement et institutionnellement, la légitimité.
C’est cette distance entre capacité technique et autorité tarifaire réelle qui illustre ce que l’article décrit : non pas une défaillance conjoncturelle, mais une cession structurelle de souveraineté sur un bien vital.
Ce qu’il faut retenir
La hausse du prix de l’électricité n’est pas une fatalité économique : elle résulte d’un enchaînement de décisions européennes qui ont délibérément démantelé l’avantage comparatif français. Libéralisation forcée, objectifs renouvelables inadaptés et marché européen conçu contre le nucléaire ont transformé une énergie abondante et bon marché en source d’appauvrissement. Comprendre ces mécanismes, c’est comprendre pourquoi la question énergétique ne se réglera pas sans trancher la question de la souveraineté. Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Vidéo « Débat sur le Frexit et la politique française, Arras 2026 » de Les Patriotes
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