L’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur, signé malgré l’opposition d’une partie des États membres, place les éleveurs français dans une situation que beaucoup jugent intenable. Derrière les chiffres d’échanges commerciaux se cache une réalité concrète : des importations de viande produites selon des normes que les agriculteurs français n’auraient pas le droit d’utiliser pour eux-mêmes. Philippe Murer, cofondateur du mouvement politique citoyen et souverainiste, décrit une mécanique qui, mesure après mesure, a fait basculer une partie de l’opinion.

L’accord Mercosur et la viande brésilienne mettent-ils réellement en danger les agriculteurs et l’élevage français ?

Oui, selon Philippe Murer, qui pointe une concurrence déloyale directe. Les points clés de son analyse sont les suivants :

  • Normes sanitaires asymétriques : la viande importée du Brésil provient pour partie de fermes-usines où les animaux reçoivent massivement antibiotiques et hormones, pratiques interdites dans l’élevage français.
  • Concurrence par le prix : ces conditions de production permettent des coûts très inférieurs, contre lesquels les petits éleveurs français ne peuvent pas rivaliser.
  • Spécialisation menacée : l’élevage français, souvent extensif et axé sur la qualité, est structurellement pénalisé par cette ouverture du marché.
  • Absence de réciprocité : les éleveurs français sont soumis à des exigences sanitaires et environnementales que leurs concurrents brésiliens n’ont pas à respecter, sans que l’accord ne corrige cette asymétrie.
  • Consensus croissant : même des personnes historiquement favorables à l’Union européenne estiment que cet accord va trop loin et relève de l’absurde assumé.

Ce constat n’est pas isolé. Les sondages récents, notamment ceux relayés par le site Opinions EU, montrent une défiance croissante des Français vis-à-vis de l’Union européenne, et l’accord Mercosur y contribue directement.

Une concurrence déloyale inscrite dans le droit européen

Pour Philippe Murer, l’accord Mercosur n’est pas un accident de parcours : il est le produit d’un système juridique dans lequel la France ne maîtrise plus ses choix commerciaux. L’Union européenne négocie des traités de libre-échange au nom de ses membres, et les États ne peuvent pas s’y opposer une fois le processus engagé.

« Le Mercosur revient à tuer les petits éleveurs français qui font de la viande de bonne qualité pour aller importer de la viande de ferme-usine brésilienne où les animaux sont maltraités, traités aux antibiotiques massivement et aux hormones. »

Philippe Murer (Ligne Droite • La matinale de Radio Courtoisie)

La conséquence est directe : un éleveur français qui utiliserait les mêmes méthodes de production serait sanctionné, tandis que la viande issue de ces méthodes entre légalement sur le marché européen. Cette asymétrie, rendue possible par la hiérarchie des normes entre droit européen et droit français, enferme les agriculteurs dans une impasse : ils ne peuvent ni aligner leurs coûts, ni refuser la concurrence.

Les calculs qui alimentent le rejet

L’analyse de Philippe Murer dépasse le seul cadre agricole. Il relève que les Français font désormais leurs calculs, secteur par secteur, et constatent que l’appartenance à l’Union européenne se traduit par des coûts croissants et des protections décroissantes. Les prix du gaz en Europe, par exemple, sont environ huit fois et demie plus élevés qu’aux États-Unis, conséquence directe du blocus imposé avec la Russie et auquel participe la France. L’électricité, produite à 6 centimes d’euros par kilowattheure, est vendue aux Français à environ 20 centimes du fait du marché européen de l’électricité.

« Tout ça est en train de ruiner les Français, les ménages, et les Français n’en peuvent plus. Tous les mensonges s’effondrent. »

Philippe Murer (Ligne Droite • La matinale de Radio Courtoisie)

L’accord Mercosur s’inscrit dans ce tableau : il illustre une Union européenne qui, selon Philippe Murer, choisit systématiquement l’option la plus contradictoire avec les intérêts français immédiats, au nom d’une orthodoxie commerciale abstraite. Pour les agriculteurs, cela se traduit par une concurrence imposée de l’extérieur, contre laquelle aucun mécanisme national ne permet de se protéger.

Une sortie de l’impasse juridique est-elle possible sans quitter l’UE ?

C’est la question centrale. Philippe Murer rappelle que le traité de Lisbonne consacre noir sur blanc la supériorité du droit européen sur le droit français. Tant que la France reste dans l’Union européenne, toute loi nationale visant à protéger l’élevage français contre les importations du Mercosur se heurterait à ce principe. La renégociation du traité exigerait l’unanimité des vingt-sept États membres, ce qui la rend politiquement irréaliste.

Pour lui, la conclusion est donc claire : sans sortie de l’Union européenne, il n’existe pas de levier national pour refuser l’accord Mercosur ou en corriger les effets. Ce n’est pas qu’une question de volonté politique : c’est une question de souveraineté juridique. Les responsables politiques qui promettent de réformer le système de l’intérieur, même en révisant la Constitution, se heurtent à ce verrou structurel.

Mercosur et normes sanitaires : une asymétrie que la Commission assume

La question des substances interdites dans les viandes importées illustre une incohérence réglementaire que les éleveurs français dénoncent depuis des années. En Europe, l’usage des hormones de croissance dans l’élevage bovin est interdit depuis 1989. Les antibiotiques utilisés comme facteurs de croissance le sont également. Or l’accord négocié par la Commission européenne avec le Mercosur ouvre le marché européen à des volumes significatifs de viandes bovines produites selon des normes sanitaires différentes, notamment au Brésil et en Argentine, où ces pratiques restent autorisées.

Nicolas Dupont-Aignan, candidat à l’élection présidentielle et président de Debout la France, a pointé cette contradiction directement lors d’une interview sur Sud Radio :

« Qui a imposé le Mercosur qui va ruiner nos éleveurs et qui importe de la viande bourrée d’antibiotiques et d’hormones de croissance ? C’est madame Von der Leyen. »

Nicolas Dupont-Aignan (Sud Radio)

Au-delà de la formule, le grief renvoie à un mécanisme concret : les producteurs français sont soumis à des coûts de conformité réglementaire élevés, précisément parce qu’ils respectent ces interdictions. Faire entrer sur le marché européen des viandes produites à moindre coût sanitaire revient à créer une distorsion de concurrence structurelle, sans que les éleveurs français disposent d’un levier national pour s’y opposer, la politique commerciale extérieure relevant exclusivement de la compétence de la Commission.

Ce qu’il faut retenir

L’accord Mercosur révèle une contradiction devenue insoutenable : les éleveurs français doivent respecter des normes sanitaires et environnementales exigeantes, tout en supportant la concurrence directe de productions qui s’en affranchissent. Pour Philippe Murer, il s’agit d’un exemple parmi d’autres d’une Union européenne dont les règles, supérieures au droit national, empêchent la France de défendre ses intérêts économiques. La question dépasse donc l’agriculture : elle interroge la capacité d’un pays membre à choisir ses propres conditions de production et de protection.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « Sondage majoritaire en faveur du Frexit » de Ligne Droite • La matinale de Radio Courtoisie

Cet article vous a-t-il été utile ?

Qu’est-ce qui n’allait pas ? (facultatif)

Signaler une erreur

Merci, c’est noté.