Un chiffre asséné comme un uppercut : la France aurait, selon l’essayiste Nikola Mirkovic, "liquidé" un million de fonctionnaires d’État — policiers, infirmières, enseignants — pour en faire un million de "délégués sourire en conseils régionaux". Une saignée opérée sous les gouvernements Raffarin, au nom de la décentralisation, qui aurait dépossédé les services publics de leurs effectifs régaliens pour nourrir une nouvelle strate administrative que les Français n’ont jamais légitimée dans les urnes.
Invité du Cercle Aristote le 26 février pour présenter son ouvrage Déclin et renouveau, Mirkovic cible la "subsidiarité" comme une arme de destruction nationale. L’idée, d’origine chrétienne puis passée au moule intellectuel germanique, serait devenue folle en se muant en projet de démantèlement : créer des "eurorégions" où le sentiment politique ne prend pas, bâtir une "sous-élite coloniale" — les administrateurs des instituts régionaux d’administration — et remplacer l’État stratège par un millefeuille technocratique irresponsable.
Le paradoxe, souligne l’auteur, c’est que le seul échelon de proximité qui tienne encore, la commune, est justement celui que la décentralisation a méthodiquement dévitalisé au profit d’intercommunalités sans visage. Les taux de participation électorale aux scrutins régionaux, déjà squelettiques, menacent de tomber "à 10 ou 15 %" quand la génération du baby-boom aura disparu. Une architecture institutionnelle qui, conclut Mirkovic, n’avait d’autre finalité que de dissoudre le peuple dans un "magma mondialiste" privé de tout contrepouvoir.
*D’après un entretien de Nikola Mirkovic sur Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron*
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