La Nouvelle-Calédonie possède l’une des plus importantes réserves de nickel au monde, un métal devenu stratégique pour les industries modernes, notamment celle des batteries et des alliages. Pourtant, les trois usines qui devaient transformer cette richesse en levier de développement ont toutes connu des trajectoires désastreuses. L’invité, spécialiste des questions de renseignement et d’intelligence économique, décrypte les causes de cet échec industriel français.
Pourquoi la France a-t-elle échoué dans sa gestion stratégique du nickel calédonien ?
Selon l’invité, la faillite du nickel calédonien résulte directement de l’absence de direction industrielle cohérente de l’État français. Trois usines ont coexisté sur le territoire : celle du sud, concédée aux Brésiliens après les accords de Nouméa, l’usine du nord financée au profit des populations kanakes, et l’usine centrale historique, vieillissante et jamais modernisée. Aucune n’a été pensée dans une logique d’ensemble. L’invité résume la situation :
« On a laissé les Brésiliens s’installer dans le sud de l’île dans une troisième usine. […] L’usine des Canaques qui a coûté des milliards, elle a fait faillite, elle a été arrêtée. […] L’usine du sud, elle a fait faillite aussi. […] Il nous reste que l’usine centrale du nickel qui n’est pas rentable et qui perd de l’argent tous les ans. »
Vidéo d’OMERTA
Les conséquences sont immédiates pour l’économie locale : le nickel représentait environ 30 % des emplois de l’île. La fermeture des deux usines extérieures et la non-rentabilité de la troisième ont plongé le territoire dans une crise sociale majeure, qui a d’ailleurs précédé les émeutes récentes.
Des décisions contradictoires dictées par des considérations politiques
L’invité identifie une cause structurelle : les accords de Nouméa ont favorisé une dispersion industrielle au nom d’un équilibre politique entre communautés, sans jamais imposer une cohérence économique. Pour ne pas apparaître comme favorisant la société historique contrôlée par les Européens, l’État a financé massivement une usine dans le nord. Pour complaire à d’autres intérêts, il a accepté l’implantation brésilienne dans le sud. Résultat : trois outils industriels concurrents sur un marché mondial du nickel extrêmement concurrentiel, face à des producteurs comme l’Indonésie ou les Philippines, et sans vision d’ensemble.
« C’est à l’État de dire ça suffit, de faire du dirigisme. J’en fais une ou j’en fais deux, mais au moins je les gère modernes et je vais gérer ça dans l’intérêt général de la population. »
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Cette critique vise l’absence de stratégie industrielle souveraine. L’invité souligne que le nickel est un produit phare pour les Chinois, qui cherchent à sécuriser leurs approvisionnements. Laisser péricliter cette ressource stratégique, c’est abandonner un levier de puissance au moment où les besoins mondiaux en métaux critiques explosent.
Le paradoxe d’une richesse française inexploitée par manque de volonté politique
Pour l’invité, l’échec calédonien illustre un problème plus large : la France possède le deuxième domaine maritime mondial, avec 11 millions de kilomètres carrés de zone économique exclusive, dont 60 % dans le Pacifique, mais refuse d’en exploiter les ressources. Cette inaction s’explique par des inhibitions idéologiques : réticence écologique, crainte d’apparaître néocolonialiste, et absence totale de direction politique assumée.
Il rappelle que cette richesse attire les convoitises : les Chinois, les Américains, les Australiens observent la Nouvelle-Calédonie et sa zone maritime avec appétit. La Chine développe déjà une influence sur place. Si la France n’exploite pas ces ressources, d’autres le feront à sa place ou s’installeront économiquement pour bénéficier de cette rente.
La question posée par l’invité est simple : combien de temps la France peut-elle conserver un territoire aussi riche sans en tirer profit ni pour elle-même ni pour les populations locales ? La réponse qu’il esquisse est tout aussi directe : tant qu’un gouvernement digne de ce nom n’aura pas tranché le débat doctrinal et posé officiellement le principe de la mise en exploitation économique du domaine maritime français, la Nouvelle-Calédonie restera une richesse potentielle qui s’épuise sans jamais servir.
Ce qu’il faut retenir
La faillite du nickel calédonien n’est pas d’abord une question technique ou économique, mais politique. Cet échec illustre l’inconséquence française à l’égard de ses propres ressources stratégiques. Tant que la France n’aura pas une véritable politique industrielle et maritime, ses territoires d’outre-mer demeureront des puits de richesses convoités par d’autres puissances, plutôt que des moteurs de souveraineté.
Vidéo « La France maritime dans les enjeux géopolitiques mondiaux » de OMERTA
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