Le Danemark, la Slovaquie, et dans une certaine mesure l’Allemagne : dans plusieurs pays européens, des formations classées à gauche ou social-démocrates adoptent désormais des positions restrictives sur l’immigration. Un retournement parfois brutal, qui bouscule les clivages établis et révèle une pression de l’opinion publique devenue impossible à ignorer. Entretien avec Lionel Ballan, essayiste et spécialiste des mouvements nationalistes en Europe.
Pourquoi certains partis de gauche européens durcissent-ils leur discours sur l’immigration ?
- L’opinion publique impose un rapport de force : dans de nombreux pays, les électeurs ne tolèrent plus l’immigration de masse, et les partis au pouvoir doivent s’adapter ou disparaître.
- Des exemples concrets de retournement : les sociaux-démocrates danois gouvernent avec une ligne migratoire stricte ; en Slovaquie, le parti social-démocrate gouverne avec un parti nationaliste ; en Suède, les Démocrates suédois soutiennent l’exécutif depuis l’extérieur.
- La fracture de l’est allemand : dans des Länder comme la Saxe-Anhalt, où l’AfD pourrait obtenir la majorité absolue aux élections de septembre, les électeurs de l’ex-RDA, confrontés à l’immigration massive depuis 2015, sanctionnent les partis traditionnels.
- Un phénomène qui dépasse l’Union européenne : Norvège, Royaume-Uni et Suisse connaissent la même dynamique, avec des partis patriotes en tête des sondages.
Le cas danois : quand la social-démocratie acte l’incompatibilité entre immigration de masse et État-providence
Parmi les exemples cités par Lionel Ballan, le Danemark constitue sans doute le plus emblématique. Dirigé par une sociale-démocrate, le pays a opéré un virage migratoire radical. Le raisonnement sous-jacent est simple, et il est désormais assumé publiquement :
Les socio-démocrates danois ne veulent plus d’immigration de masse parce qu’ils estiment qu’il n’est pas possible de réaliser la social-démocratie avec une immigration de masse.
Lionel Ballan (OMERTA)
Ce constat pragmatique rompt avec des décennies de consensus progressiste sur l’ouverture des frontières. Il ne s’agit pas d’un renoncement aux valeurs de gauche, mais d’une redéfinition des priorités : la défense du modèle social passerait par la maîtrise des flux migratoires. Une position qui fait écho aux travaux de nombreux économistes, mais que peu de dirigeants européens avaient osé formuler aussi clairement avant Copenhague.
De la Slovaquie à la Suède : des coalitions inédites sous la pression électorale
Le Danemark n’est pas un cas isolé. En Slovaquie, rappelle Lionel Ballan, le parti social-démocrate gouverne avec le SNS, une formation nationaliste, et tous deux partagent une même volonté de refuser l’immigration non européenne. En Suède, les Démocrates suédois, formation patriote, soutiennent le gouvernement de centre-droit sans y participer, mais en imposant leur agenda migratoire.
Ces configurations politiques, impensables il y a dix ans, traduisent un basculement structurel. Les partis de gouvernement, qu’ils soient de gauche ou de droite, sont soumis à une pression électorale qui les contraint à intégrer les revendications de l’électorat patriote, sous peine de marginalisation. L’essayiste décrit un phénomène de décomposition accélérée :
Les électeurs ne veulent plus des partis du système et ils sont en train de s’écrouler. Ce qui pose d’ailleurs des problèmes à ces partis-là parce qu’ils vont perdre lors de chaque scrutin beaucoup de sièges.
Lionel Ballan (OMERTA)
L’Allemagne comme laboratoire : l’est en première ligne
L’évolution la plus spectaculaire s’observe peut-être en Allemagne, où la pression migratoire a fracturé le paysage politique. Lionel Ballan souligne la spécificité des Länder de l’Est, comme la Saxe-Anhalt, où l’AfD pourrait obtenir la majorité absolue en septembre. Cette région, qui a connu le communisme puis l’immigration massive à partir de 2015, rejette massivement les partis traditionnels.
Le chancelier Scholz se trouve pris en étau entre une coalition divisée et une opinion publique de plus en plus réceptive aux discours antimigration, y compris en matière de sécurité. L’invité évoque la criminalité documentée par l’Office criminel fédéral allemand : alors que les étrangers représentent 15 % de la population, ils comptent pour 40 % des viols et agressions sexuelles recensés. Des statistiques qui alimentent un débat public encore largement évité à l’échelle fédérale, mais qui pèse désormais sur chaque scrutin.
Ce qu’il faut retenir
Le durcissement migratoire d’une partie de la gauche européenne ne relève pas d’une conversion idéologique soudaine, mais d’une adaptation à la pression des opinions publiques. Entre le Danemark qui assume l’incompatibilité entre immigration de masse et État-providence, la Slovaquie qui gouverne avec un parti nationaliste, et l’Allemagne où l’AfD menace de conquérir des Länder entiers, un cycle politique se referme. La question migratoire, longtemps marginalisée par les partis de gouvernement, est devenue le marqueur central des recompositions à venir.
Vidéo « Migration et divergences politiques en Europe » de OMERTA
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