À 96 ans, Philippe Bouvard s’est éteint le 24 août. L’animateur des Grosses Têtes avait fait de son émission un observatoire de la langue française, où des écrivains comme Jean d’Ormesson se prêtaient, selon Pierre-Yves Rougeyron, à des « exercices de langue qui faisaient rire tout le monde ». Il y voit « un service rendu à la langue française » dont on mesure mal aujourd’hui l’ampleur.
Car cette radio-là ne se réduisait pas au divertissement : elle formait une génération entière de comiques et donnait à la culture française un accès direct au grand public. « Sans lui, il n’y a pas les Inconnus non plus », rappelle l’analyste, qui souligne qu’« avant, il y avait une liberté dans la télé et la radio française », où cohabitaient Alain Decaux, Jean-François Chiappe et Philippe Bouvard.
Cette liberté de ton et ce travail sur la langue s’inscrivent dans un paysage médiatique français qui s’est refermé : « aujourd’hui, c’est de la merde ; des petits profs et des petits flics », tranche Rougeyron, qui décrit une programmation où « il n’y a pas d’élan ». Ce constat dépasse la nostalgie : la radio française, comme institution culturelle nationale, a perdu un lieu où la vitalité de la langue et l’esprit français s’exerçaient hors de toute logique institutionnelle ou marchande. Reste à savoir ce qui, dans le paysage actuel, pourrait en tenir lieu.
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