Tous les sept ans, l’Union européenne se lance dans une négociation budgétaire d’une ampleur considérable. Derrière un sigle technique se cache un enjeu de plusieurs centaines de milliards d’euros qui engage la France bien au-delà des débats médiatiques habituels. François Asselineau, invité sur la chaîne UPR, décrypte les mécanismes de ce cadre financier pluriannuel (CFP) pour la période 2028-2034, dont les discussions sont déjà largement entamées.
Qu’est-ce que le cadre financier pluriannuel (CFP) de l’UE ?
Le cadre financier pluriannuel est le budget de l’Union européenne établi pour sept ans. Il fixe les montants maximaux que l’UE peut dépenser et les contributions des États membres. Les points essentiels à retenir :
- Une durée de 7 ans : la prochaine période couvrira 2028-2034, la négociation étant déjà active
- Une négociation à 27 : chaque État membre défend ses intérêts propres, souvent divergents
- Deux camps opposés : les pays contributeurs nets (qui versent plus qu’ils ne reçoivent) et les bénéficiaires nets (qui reçoivent plus qu’ils ne versent)
- Un projet de la Commission : elle propose environ 2 000 milliards d’euros pour la période, soit une forte augmentation
- Un calendrier précis : le président du Conseil européen, Antonio Costa, fera la tournée des 27 capitales en septembre pour recueillir les positions finales
Comment fonctionne la négociation entre contributeurs et bénéficiaires nets ?
La logique est simple à comprendre mais rarement exposée au grand public. François Asselineau l’explique ainsi : un pays qui verse 5 et reçoit 10 est bénéficiaire net. Si le budget de l’Union double, il versera 10 mais recevra 20, soit un gain net doublé. À l’inverse, un pays qui verse 300 et reçoit 200 perd 100. Si le budget double, il versera 600 et recevra 400, soit une perte nette de 200.
« Dans cette négociation de marchand de tapis, il y a un État qui a une position complètement absurde, totalement différente des autres, c’est la France. »
François Asselineau (UPR)
Cette divergence d’intérêts explique les positions des uns et des autres. L’Allemagne, les Pays-Bas et les pays scandinaves, tous contributeurs nets, s’opposent à une augmentation massive. Les eurodéputés issus de pays bénéficiaires nets, principalement à l’Est, la soutiennent naturellement. La France, deuxième contributeur net après l’Allemagne, se singularise par une position que François Asselineau qualifie d’incohérente : certains parlementaires et ministres français exigent une augmentation du budget de l’Union, sans mesurer que la contribution française sera mécaniquement alourdie.
Ce que la Commission européenne propose pour 2028-2034
Les chiffres avancés par l’invité donnent une idée de l’ampleur des enjeux. Pour l’Allemagne, la Commission prévoit une contribution annuelle de 51,4 milliards d’euros, soit 360 milliards sur sept ans, pour environ 104 milliards reçus. La contribution nette allemande atteindrait 256 milliards sur la période. Le gouvernement de Berlin a déjà fait savoir qu’il n’accepterait pas plus de 45 milliards par an.
Pour la France, le projet de la Commission prévoit une contribution annuelle de 31 milliards d’euros, soit 217 milliards sur sept ans, pour environ 90 milliards reçus. La contribution nette française passerait d’environ 13 milliards par an aujourd’hui à plus de 18 milliards, soit un total de près de 127 milliards sur la période. Une augmentation considérable que la plupart des candidats à l’élection présidentielle n’évoquent pas.
La Pologne, bénéficiaire nette qui va bientôt dépasser la France
Le cas polonais illustre selon François Asselineau l’absurdité du système. Entrée dans l’UE en 2004 avec un niveau de vie de 40 % de celui des Français, la Pologne est désormais à 80 %. Le FMI prévoit un dépassement du niveau de vie français autour de 2034, donc pendant la période du prochain CFP. Pourtant, la Commission européenne prévoit que la Pologne continue à recevoir 20,4 milliards par an, soit un solde positif de 9,3 milliards annuels, quand la France devrait être contributeur net de 18 milliards chaque année.
« C’est absolument inadmissible. Il est encore plus inadmissible de constater que tous les prétendus grands candidats sélectionnés par le MEDEF, il y en a pas un seul qui a soulevé cette question. »
François Asselineau (UPR)
Autre point soulevé : la Pologne refuse d’adopter l’euro, conservant le zloty pour protéger sa compétitivité. Elle cumule ainsi les avantages du marché unique, les fonds structurels européens et la souveraineté monétaire, quand la France subit les contraintes de la monnaie unique tout en finançant le budget commun.
Un débat absent de la campagne présidentielle
François Asselineau note que seule Marine Le Pen a évoqué ce cadre pluriannuel lors du débat organisé par le MEDEF, proposant de limiter la contribution nette française à 5 milliards d’euros. Une position qu’il juge insuffisante : si l’Allemagne peut accepter une contribution importante en raison des bénéfices que lui procure l’euro, la France, qui en pâtit, devrait selon lui viser le zéro ou même devenir bénéficiaire nette.
Pour les autres candidats, le silence est total. Le cadre financier pluriannuel 2028-2034 va pourtant engager la France pour sept années décisives, au cours desquelles le niveau de vie polonais aura dépassé le nôtre selon les projections du FMI. La question posée est directe : pourquoi les Français continueraient-ils à financer un système qui, selon l’invité, accélère leur déclassement ?
Ce qu’il faut retenir
Le cadre financier pluriannuel est le budget septennal de l’Union européenne, négocié entre 27 États aux intérêts opposés. La position française, contributeur net croissant malgré un appauvrissement relatif, mérite d’être interrogée. Pour François Asselineau, la seule réponse cohérente est une renégociation radicale de la participation française à ce système.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Vidéo « Budget européen 2028-2034 : bilan pour la France » de UPR
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