Depuis 2020, l’écrivain Omar Youssef Souleimane anime des ateliers d’écriture dans des établissements scolaires d’Île-de-France. Ce qu’il y observe dépasse largement les difficultés sociales qu’on prête habituellement à ces territoires : une partie des élèves considère les attentats de Charlie Hebdo et du 13 novembre comme une réaction légitime, et le dit librement devant toute la classe, sans crainte ni retenue.

La radicalisation islamiste chez les jeunes de banlieue en France : que dit concrètement le terrain ?

Les observations directes de Souleimane dressent un tableau précis :

  • Un ou deux élèves par classe, en moyenne, répondent que les attentats de Charlie Hebdo relevaient de la légitime défense
  • Les attentats du 13 novembre sont décrits par certains comme une réaction légitime pour défendre l’islam
  • La banalisation s’exprime publiquement, devant les professeurs et les autres élèves, sans autocensure
  • Beaucoup de jeunes interrogés affirment qu’en cas de crise majeure en France, ils rejoindraient leur pays d’origine, tout en ne connaissant ni la langue ni la culture de ce pays
  • Le rejet de la France s’accompagne d’une crise identitaire profonde, nourrie par les réseaux sociaux et le discours des prédicateurs

« Quand je leur demande ce qu’ils pensent des attentats de Charlie Hebdo, ils me répondent que c’était de la légitime défense. C’est horrible d’entendre cette réponse. »

Omar Youssef Souleimane (Front Populaire)

Un djihad prédicateur qui remplace le djihad armé

Souleimane, lui-même marqué dans sa jeunesse en Arabie saoudite par le discours d’Oussama Ben Laden, fait un constat précis : le djihad traditionnel, celui des armes, a cédé la place à un djihad prédicateur. Il ne s’agit plus seulement de commettre des attentats, mais de transformer la France en terre d’islam politique, notamment sous l’influence des frères musulmans.

Il établit un parallèle documenté avec la Syrie. Sa grand-mère, dans les années 60, n’était pas voilée. L’influence des frères musulmans, après la répression de 1982 à Hama, a changé la société syrienne en profondeur : discours victimaire, injonction au voile, contrôle des pratiques, jusqu’à ce qu’une femme non voilée devienne marginale. Pour Souleimane, ce processus d’infiltration progressive est aujourd’hui à l’œuvre en France, amplifié par les réseaux sociaux.

Sur TikTok, il décrit un phénomène massif : des prédicateurs qui maîtrisent parfaitement le français et diffusent un discours que l’on pourrait qualifier de séparatiste. Certains ne sont même pas des êtres humains mais des avatars, ce qui complique l’application de la loi contre le séparatisme. « Il y a des centaines de milliers de personnes qui suivent ces avatars, même ils font la prière pour ces avatars afin qu’ils gagnent le paradis », rapporte-t-il.

« Le terrorisme ne vient pas de l’étranger, il est déjà sur notre sol. »

Omar Youssef Souleimane (Front Populaire)

La langue française au cœur de la crise

Pour Souleimane, la chute de la langue française est directement liée à la violence : quand on ne peut pas exprimer quelque chose par les mots, on l’exprime par les coups. Il pointe une génération qui maîtrise mal le français et pas davantage l’arabe, tout en se revendiquant arabe ou algérienne ou marocaine.

Il retrace l’origine de ce décrochage aux années Mitterrand, avec une politique qu’il juge désastreuse : détacher les jeunes de l’histoire de France et de sa langue pour faire barrage au Front national. Ce vide identitaire aurait ensuite été comblé par l’islam radical, notamment après les attentats du 11 septembre et la seconde intifada, périodes où le discours des frères musulmans s’est généralisé.

Ce qu’il faut retenir

Le constat de Souleimane dépasse la simple description d’une jeunesse déboussolée : il documente une banalisation de la légitimation des attentats, l’émergence d’un djihad prédicateur porté par les réseaux sociaux, et l’échec d’une intégration réduite à des formalités administratives. Sa conclusion est précise : le problème commence à l’école, par la langue, l’histoire et le refus d’assumer ce qu’est la France. Le débat sur l’assimilation ou l’intégration passe à côté de l’essentiel. Ce qui manque, c’est un attachement réel à la République, transmis concrètement, génération après génération.

Vidéo « Radicalisation à l’école, entretien avec Omar Youssef Souleimane » de Front Populaire

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