À chaque élection présidentielle revient le même refrain : ce scrutin serait celui de la dernière chance. Cette ritournelle, aussi compréhensible soit-elle face à l’état du pays, traduit une erreur de perspective fondamentale. Le redressement de la France ne se jouera pas en un mandat, et ceux qui l’ont accompli dans l’histoire récente nous enseignent une tout autre temporalité.

Pourquoi le redressement français exige-t-il une stratégie sur vingt ans plutôt qu’une logique de mandat ?

Les grands relèvements nationaux contemporains, de Deng Xiaoping à Vladimir Poutine, se sont déployés sur une génération entière. Aucun n’est né d’un fait strictement parlementaire ou d’une alternance électorale. Appliqué à la France, ce constat impose de repenser l’action souverainiste dans la durée plutôt que dans l’urgence des échéances politiques. La tâche est immense : l’économie est à l’arrêt, la situation budgétaire se dégrade rapidement avec un déficit qui pourrait atteindre 5,5 à 6 % du PIB, et les paiements d’intérêts de la dette repartent à la hausse après avoir été artificiellement comprimés par la politique de la BCE. Jacques Sapir rappelle que la véritable mesure de la soutenabilité n’est pas le ratio dette sur PIB mais le poids des intérêts dans la richesse nationale, et sur ce point la tendance est inquiétante.

Le piège de l’horizon électoral

La culture politique française s’est enfermée dans un temps court qui épuise les forces vives du pays. Le constat dressé par Jacques Sapir est sévère : nous sommes dans une situation où « la population ne peut plus vivre comme avant » tandis que « la classe dominante ne peut plus dominer comme avant », de manière concomitante. Une définition qui évoque les crises politiques majeures de notre histoire.

Le système politico-médiatique aggrave ce piège en cultivant la peur et la méfiance entre les Français. On est passé d’un dressage par l’anxiété (peur du virus, peur de la canicule, peur de l’autre) à un dressage par la défiance envers son voisin. Cette stratégie de division rend impossible la projection longue indispensable au relèvement.

Qui que ce soit qui gagnera cette élection, le cadre général va rester totalement inchangé. Bruxelles sera toujours Bruxelles, Bruxelles ce sera toujours Berlin, Berlin sera toujours à la botte de Washington.

Jacques Sapir (Front Populaire)

Changer de modèle mental

Le souverainisme français gagnerait à s’inspirer des expériences asiatiques de redressement. Les jeunes ingénieurs et entrepreneurs français regardent aujourd’hui vers l’État développeur à l’asiatique, et ce changement de référentiel est une bonne nouvelle. Il témoigne d’une aspiration à la puissance concrète plutôt qu’à la spéculation financière.

Mais cette transformation exige une circulation élitaire qui ne se bloque pas. L’histoire française montre des phases récurrentes de perte de transmission du savoir au sein des classes dirigeantes, suivies de décennies difficiles. La question n’est donc pas seulement de gagner une élection, mais de reconstruire les mécanismes par lesquels une nation produit ses élites et les renouvelle.

Ceux qui ont réussi ces redressements ont compris les leçons de notre propre relèvement et les ont radicalisées. La Corée du Sud, c’est 45 millions d’habitants. Le Vietnam est plus peuplé que nous. Si eux y sont arrivés, nous pouvons le refaire.

Jacques Sapir (Front Populaire)

Le temps long comme arme stratégique

L’élection de 2027 doit être pensée comme une étape dans un processus plus vaste, non comme un point d’arrivée. Les forces souverainistes ont besoin de petites et de moyennes victoires pour tenir dans la durée, mais elles doivent aussi préparer les jeunes générations à un combat de vingt ans. Les défis sont immenses : une désindustrialisation qui s’accélère malgré les efforts affichés, une présence internationale réduite à presque rien, une autorité de l’État qui s’effrite.

Pourtant, l’histoire française n’est pas une succession de défaites. La France s’est relevée de la fin de la IIIe République, de l’occupation, de la guerre d’Algérie. La différence tient à ce que la sélection élitaire s’était alors remise en marche. C’est cette mécanique qu’il faut restaurer, et cela ne se décrète pas en cinq ans.

Ce qu’il faut retenir

Le souverainisme français doit sortir de l’urgence électorale pour entrer dans une logique générationnelle. Les exemples de relèvement national, de l’Asie à nos propres moments historiques, montrent qu’un peuple se redresse sur vingt ans, pas sur un mandat. La tâche est de reconstruire les conditions d’une circulation élitaire qui ne se bloque plus, faute de quoi le pays rejouera indéfiniment la même pièce. La présidentielle de 2027 n’est qu’un début de campagne, au sens militaire du terme.


Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « Débat sur les enjeux de l’élection présidentielle 2027 » de Front Populaire

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