Une proposition circule dans le débat souverainiste : inscrire dans la Constitution que la France est une « République laïque de tradition chrétienne ». Portée par François Asselineau, cette idée soulève une question juridique précise : qu’est-ce que cet ajout changerait concrètement, et comment s’articulerait-il avec le principe de laïcité ? La transcription d’un récent entretien permet d’en comprendre les motivations et les implications.

Concrètement, que changerait l’inscription de la « tradition chrétienne » dans la Constitution ?

L’ajout proposé ne viserait pas à remettre en cause la laïcité de l’État, mais à fournir un fondement juridique permettant au juge administratif de protéger des traditions culturelles françaises. Concrètement, François Asselineau envisage trois conséquences principales :

  • Un ancrage juridique des fêtes et jours fériés : le juge administratif pourrait s’appuyer sur cette disposition pour maintenir les grandes fêtes chrétiennes (Noël, Pâques, l’Assomption, la Pentecôte) comme repères du calendrier national.
  • Un frein aux revendications communautaires de jours fériés spécifiques : l’inscription écarterait, selon lui, la tentation d’un éclatement du calendrier national en fonction des différentes communautés religieuses.
  • Une reconnaissance symbolique de l’identité historique du pays, sans imposer une religion puisqu’il s’agit d’un État laïque.

L’objectif affiché n’est donc pas cultuel mais culturel : il s’agit de reconnaître que le christianisme a imprimé les traditions et l’identité nationale, tout en préservant la liberté de chacun de pratiquer sa religion ou de n’en pratiquer aucune.

Une proposition qui se distingue d’autres formulations

François Asselineau se montre attentif à ne pas confondre sa proposition avec celle de Bruno Retailleau, qu’il accuse de l’avoir « mal plagié ». La distinction est importante : là où le président du groupe LR au Sénat propose d’inscrire la France comme « République de tradition judéo-chrétienne », François Asselineau maintient le mot « laïque » et récuse le préfixe « judéo ».

Deux raisons sont avancées. D’abord, conserver le terme de République laïque est essentiel car cela correspond, selon lui, à un « souhait très profond de la population française » et à la garantie de la liberté individuelle. Ensuite, l’ajout de « judéo » créerait une asymétrie :

Si on dit judéo-chrétienne, ça veut dire qu’on va reconnaître quoi ? On va reconnaître les fêtes de juifs. Mais alors les musulmans vont dire : « Alors et moi pour le Ramadan, pour l’Aïd, qu’est-ce que je fais ? »

François Asselineau (UPR)

L’argument est que la France n’a pas une tradition « judéo » au sens institutionnel, et que cette qualification exclurait symboliquement des millions de compatriotes musulmans, hindous ou d’autres confessions. La formulation retenue se veut donc rassembleuse : une religion majoritaire historique, des religions minoritaires protégées, et un État qui n’en impose aucune.

Que faire des autres traditions religieuses ?

La proposition ne prétend pas empêcher la pratique des autres cultes. François Asselineau insiste sur la courtoisie et le « savoir-vivre » qui devraient prévaloir : chacun peut pratiquer sa religion, mais sans ostentation qui indisposerait la communauté nationale. Il cite l’exemple des compatriotes juifs qui, « admirablement bien », ont su pratiquer leur foi dans la discrétion.

Pour les musulmans, il évoque la possibilité de porter des signes élégants et discrets, tout en rappelant que le Coran lui-même condamne l’ostentation, notamment dans la sourate 63. Il établit un parallèle avec la tradition chrétienne : « la main droite ne doit pas savoir ce que fait la main gauche ». L’idée est qu’une foi vécue discrètement est plus conforme aux prescriptions religieuses elles-mêmes.

Vivre sa foi, c’est aussi le faire de façon relativement discrète pour ne pas indisposer.

François Asselineau (UPR)

Une réponse à la crainte d’un éclatement du pays

Derrière cette proposition constitutionnelle, il y a la crainte d’une fragmentation à l’anglo-saxonne, voire à la libanaise. François Asselineau évoque le risque que, dans dix ans, des communautés revendiquent leurs propres jours fériés, leurs propres symboles espaces publics. Le Liban, « pays cher au cœur de la France », est cité comme un contre-modèle : un État morcelé en une série d’États contigus.

L’inscription de la tradition chrétienne dans la Constitution agirait donc comme un garde-fou contre ce qu’il appelle l’« indifférentisme » : un relativisme culturel qui aboutirait à l’éclatement du pays. La proposition se veut une solution de bon sens, ni interdiction, ni laisser-faire, mais reconnaissance d’un socle commun.

Ce qu’il faut retenir

L’inscription de la France comme « République laïque de tradition chrétienne » vise moins à restaurer un ordre religieux qu’à donner au juge administratif un fondement pour protéger les traditions culturelles françaises. Elle s’inscrit dans une vision souverainiste de l’identité nationale : la France ne perd pas son âme, tout en demeurant un État laïque où chacun est libre de croire ou de ne pas croire. La proposition, portée par François Asselineau, cherche un équilibre entre reconnaissance historique et neutralité de l’État, entre fierté nationale et ouverture au monde.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « François Asselineau répond à des questions, session 127 » de UPR

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