Le 18 septembre 2026, Emmanuel Macron réunissait les chefs de parti et plusieurs candidats à la présidentielle dans la salle habituellement réservée au conseil de défense. Près de trois heures de huis clos pour évoquer les crises en Ukraine et au Moyen-Orient, leurs conséquences énergétiques et la menace hybride attribuée à Moscou. Mais au-delà de l’information, cette séquence pose une question : s’agit-il d’une alerte justifiée ou d’une opération de repositionnement politique à moins d’un an du scrutin ?
Pourquoi Macron a-t-il convoqué les chefs de parti à l’Élysée en septembre 2026 ?
La réunion répond à une triple logique. D’abord, présenter un état des lieux sécuritaire : conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, menace hybride russe, conséquences sur les prix des carburants. Ensuite, recentrer le président dans le jeu politique : face à un bloc central affaibli dans les sondages, Emmanuel Macron cherche à redevenir l’arbitre incontournable. Enfin, imposer la menace russe comme critère de clivage entre les candidats, en ciblant implicitement ceux jugés trop conciliants avec Moscou.
Une réunion pour informer ou pour rejouer le clivage russe ?
« C’est une réunion de crise qui sert à recentraliser Emmanuel Macron dans le jeu politique français », analyse Georges Kuzmanovic, directeur de publication de Fréquence populaire média.
Emmanuel Macron (propos rapportés par Georges Kuzmanovic)
Selon lui, le sujet principal n’est pas tant la menace directe russe que la hausse spectaculaire des prix du diesel, qui pourrait atteindre 3 euros le litre. Les réserves sont au plus bas, la production mondiale sous tension, et les conséquences pour les transporteurs, agriculteurs et artisans sont immédiates. Or, dans cette configuration, la conflictualité avec la Russie sert de paravent : en agitant la menace extérieure, l’exécutif détourne l’attention des difficultés intérieures, de la dette à la désindustrialisation en passant par la perte de pouvoir d’achat.
La séquence est aussi électorale. À sept mois de l’échéance, le camp macroniste ne dispose d’aucun candidat naturel capable d’atteindre le second tour. Dès lors, brandir la menace russe permet de mettre sous pression Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, en suggérant qu’ils seraient insuffisamment fermes face à Moscou.
Quand les services de renseignement contredisent la version présidentielle
Le lendemain de la réunion, plusieurs journalistes spécialisés ont relayé le scepticisme d’agents du renseignement. Selon Georges Malbrunot du Figaro, confirmé par Jean-Dominique Merchet de L’Opinion, aucune cyberattaque russe de grande ampleur n’aurait été recensée contre la France ces dernières semaines. La menace existerait, mais serait surestimée par l’Élysée.
Pour Georges Kuzmanovic, la menace russe est réelle sans être celle décrite par le président :
« Du temps de l’URSS, il n’y a jamais eu d’attaque directe sur le territoire soviétique à partir d’un proxy soutenu par l’Angleterre, la France ou l’Allemagne. Or, c’est le cas aujourd’hui. »
Jean-Dominique Merchet (propos rapportés par Georges Kuzmanovic)
La France est de facto cobelligérante en Ukraine, ce qui expose ses intérêts. Mais les actions russes se concentreraient plutôt sur les périphéries, là où la présence française est fragile : Nouvelle-Calédonie, Mayotte, Afrique de l’Ouest.
La vraie crise n’est pas celle que l’on montre
Le cœur du problème, selon l’analyse développée dans l’entretien, est énergétique. Les États-Unis envisageraient d’interdire l’exportation de diesel pour préserver leur marché intérieur. Les attaques sur les raffineries russes réduisent les volumes mondiaux. Les routes alternatives se mettent en place, des BRIICS à l’Arctique, sans l’Occident. Pendant ce temps, la France dépend entièrement de circuits qu’elle ne contrôle plus.
La réunion de crise apparaît donc comme une tentative de cadrage narratif plutôt que comme une réponse aux difficultés structurelles. La menace russe sert de ciment politique. Mais la crise du diesel, elle, ne se résoudra pas par une convocation à l’Élysée.
Ce qu’il faut retenir
La réunion du 18 septembre révèle moins l’imminence d’une attaque russe que la fragilité politique du bloc central et l’impasse énergétique dans laquelle s’enfonce la France. L’alerte sécuritaire ne doit pas masquer la dépendance énergétique ni l’absence de stratégie pour en sortir. À moins d’un an de la présidentielle, la bataille ne se joue pas seulement sur les menaces extérieures, mais sur la capacité à gouverner les réalités intérieures.
Pour aller plus loin
Cet article vous a-t-il été utile ?
Qu’est-ce qui n’allait pas ? (facultatif)
Merci, c’est noté.
