Pendant que les Européens se réunissaient à l’Élysée pour évoquer la menace russe et le prix du diesel, les BRICS tenaient leur sommet annuel à New Delhi. Georges Kuzmanovic, directeur de publication de Fréquence populaire média, y était. Il en revient avec un constat simple : le reste du monde, soit environ 60 % de l’humanité, s’organise en parallèle, sans conflit affiché avec l’Occident, mais résolument hors de son emprise.
Quels résultats concrets le sommet BRICS 2026 a-t-il actés sur le commerce, le pétrole et le dollar ?
Le sommet de New Delhi confirme trois évolutions majeures : la Russie annonce désormais 90 % de ses échanges réalisés hors dollar, contre 65 % il y a deux ans ; l’Inde, malgré les pressions américaines, s’approvisionne à plus de 50 % en pétrole russe ; enfin, les travaux se poursuivent sur le corridor Nord-Sud reliant la Russie à l’Inde via l’Iran, ainsi que sur la route arctique et des systèmes d’assurance indépendants des circuits occidentaux.
Une réorganisation silencieuse mais documentée
Georges Kuzmanovic, présent au sommet, note que très peu de journalistes occidentaux font le déplacement et que l’événement est largement éludé dans les médias français. « On en parle plus aux États-Unis, où ils font plus d’attention, en particulier l’administration Trump », précise-t-il. Le contraste entre la couverture médiatique et l’ampleur des transformations en cours est saisissant.
« Le reste du monde, c’est-à-dire 60 % de l’humanité, s’organise en parallèle et nous regarde patauger dans notre marasme. »
Georges Kuzmanovic (Tocsin)
Les BRICS avancent à petits pas, sans provocation directe. Le communiqué final, comme les années précédentes, réaffirme que l’organisation n’est l’ennemie de personne et qu’elle souhaite travailler avec l’Occident si celui-ci le souhaite. Mais l’essentiel est ailleurs : les rails sont posés pour que les échanges continuent, avec ou sans les Européens.
Une France absente des nouvelles routes commerciales
La position française est d’autant plus préoccupante que la France ne s’est même pas positionnée sur ces circuits émergents. Pire, elle subit de plein fouet les conséquences des choix atlantistes sans bénéficier d’aucune alternative d’approvisionnement. Georges Kuzmanovic rappelle que les États-Unis eux-mêmes, confrontés à des réserves au plus bas, importent depuis quelques jours entre 700 000 et 800 000 barils de pétrole lourd vénézuélien par jour, une pratique interrompue depuis cinq ou six ans.
Cette réalité contraste avec la situation européenne. L’Europe, qui a coupé ses approvisionnements en diesel raffiné russe, se retrouve dans une impasse technique : les pétroles lourds nécessaires à la production de gazole viennent principalement du Venezuela, du Golfe et de Russie. Sans accès à ces sources, aucune alternative ne se profile à court terme.
Un système qui tourne sans l’Europe
La Russie et la Chine commercent entre elles, l’Inde sécurise ses approvisionnements énergétiques, et l’Iran joue un rôle clé dans les corridors terrestres. Pendant ce temps, la France reste prisonnière des engagements pris depuis l’administration Sarkozy, qu’il s’agisse de la réintégration du commandement de l’OTAN ou des sanctions antirusses adoptées dans le cadre européen.
Georges Kuzmanovic pointe également une conséquence directe de cette réorganisation : les États-Unis envisagent d’interdire l’exportation de diesel hors de leur territoire. « America first », résume-t-il, alors que l’Europe avait signé l’année dernière un accord imposant l’achat de 750 milliards d’hydrocarbures sur trois ans.
Ce qu’il faut retenir
Le sommet de New Delhi confirme une tendance de fond : la multipolarité se construit désormais hors des structures occidentales, avec des routes commerciales, des monnaies d’échange et des mécanismes d’assurance qui contournent le dollar. Pour une France toujours alignée sur les choix atlantistes et absente de ces nouvelles configurations, la facture pourrait être sévère. La question n’est plus de savoir si le monde change, mais si la France aura le courage de s’y insérer avant qu’il ne soit trop tard.
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