La question de la sortie de l’Union européenne ne relève plus, pour une partie du camp souverainiste, d’un débat théorique. À l’occasion des assises de la souveraineté, Philippe de Villiers a livré en direct une intervention remarquée, défendant une méthode de rupture claire : un départ unilatéral, immédiat et sans négociation préalable. Une position radicalement distincte du modèle britannique, et qui mérite qu’on en examine les ressorts.
Comment la France peut-elle sortir de l’Union européenne selon Philippe de Villiers ?
Philippe de Villiers défend dans son intervention une méthode précise, qu’il résume lui-même en une formule : partir « comme un voleur ». Concrètement, cela signifie :
- Une sortie unilatérale et sans préavis, c’est-à-dire sans demander de délai ni ouvrir de négociation préalable avec les institutions européennes.
- Un refus explicite du modèle Brexit, présenté comme un contre-exemple, celui d’un départ « à l’anglaise » qui s’enlise dans des années de tractations avec des interlocuteurs que l’on récuse.
- Des mesures immédiates de reprise en main : fermer les frontières, cesser les versements financiers, notamment ceux destinés à l’Ukraine, et rétablir la primauté du droit national.
- Une rupture qui englobe plusieurs engagements internationaux : sortie de l’Union européenne, mais aussi de l’OTAN, de Schengen et de la Cour européenne des droits de l’homme.
L’ancien ministre assume une logique de rupture assumée, fondée sur l’idée que la souveraineté ne se négocie pas : « On part sans préavis. On ne va pas demander un délai pour fermer les frontières et cesser de verser des milliards pour l’Ukraine. Non, on ferme les frontières, on coupe les vivres, on reprend les clés de la maison. »
Un constat d’échec fondé sur la trahison des promesses européennes
L’intervention de Philippe de Villiers s’appuie sur un constat structuré en quatre points, qui justifie à ses yeux l’urgence du départ. Il rappelle d’abord que l’Union européenne reposait sur des promesses fondatrices. La première, celle de la civilisation, serait aujourd’hui contredite par ce qu’il décrit comme l’installation « sans notre consentement » d’une autre civilisation sur le sol national. La deuxième, celle de la paix, aurait été trahie par l’engagement européen dans la guerre en Ukraine, qu’il qualifie de « très belle belligérance ». La troisième, celle de la prospérité, se serait effondrée avec la délégation des productions au marché mondial. La quatrième, celle de la liberté, serait menacée par ce qu’il nomme le « goulag numérique », cette société de surveillance qui réduirait les citoyens à des « profils algorithmiques fichés, scannés, notés, géolocalisés ».
À cette lecture, l’affaiblissement de l’Union européenne ne serait pas conjoncturel mais structurel. Philippe de Villiers prononce un diagnostic sans ambiguïté : « Je vous annonce l’acte de décès probable prochain de cette Union européenne. » Il énumère les contradictions qui, selon lui, condamnent l’édifice : née de Schengen, elle mourrait de Schengen ; née de l’euro, elle mourrait de l’euro ; née de l’OTAN, elle mourrait de l’OTAN ; née du couple franco-allemand, elle se désagrégerait parce que « c’est l’Allemagne qui porte la culotte ». Cette lecture, radicale, attribue à l’Union européenne une trajectoire d’auto-destruction qui rendrait le départ non seulement souhaitable mais inévitable.
Sortir pour quoi faire ? Le programme de la « résurrection »
Le départ n’est pas, dans le propos de Philippe de Villiers, une fin en soi. Il s’inscrit dans un projet qu’il nomme « résurrection », un terme choisi pour signifier une rupture d’ordre supérieur à la simple résistance. « La résurrection est d’un autre ordre. Elle touche à ceux qui ne meurent pas », précise-t-il, en référence à cette idée d’une France éternelle qui pourrait renaître « comme elle est née ».
Le programme qui découle de la sortie se décline en plusieurs axes concrets : rétablir les frontières nationales et contrôler les arrivées comme les départs ; ne plus obéir aux cours suprêmes qui, selon lui, empêchent une politique d’immigration zéro au nom de l’état de droit ; retrouver une monnaie nationale pour mener une politique économique adaptée aux urgences vitales de la production française ; refuser le « tropisme idéologique du multiculturalisme » porté par la Commission de Bruxelles ; rétablir la supériorité du droit national sur le droit européen. L’objectif est résumé en une formule : « revivre en France à la française ».
Une légitimité historique revendiquée
Philippe de Villiers appuie sa méthode sur une conviction historique. Il rappelle que l’histoire « regorge de traités inappliqués, de traités déchirés et jetés au feu », citant au passage Marie-France Garaud, dont il fut proche. Le temps n’accorderait « aucune légitimité aux aliénations illégitimes ». Dès lors, la France n’aurait ni dette ni excuse à présenter : « On ne s’excuse pas quand on est souverain ou qu’on le redevient. La souveraineté, c’est bien cela. Elle est comme la liberté. Elle ne se plaide pas. Elle se prend. »
Cette position tranche avec les démarches d’autres formations souverainistes qui envisagent une sortie négociée ou par étapes. Elle postule qu’une nation qui retrouve sa souveraineté n’a pas à demander la permission, ni à discuter les conditions de sa liberté. C’est une logique de rupture pure, assumée comme telle, et qui repose entièrement sur la volonté politique du moment.
Schengen et la charte des droits fondamentaux : deux verrous superposés
Sur la question migratoire, le tableau juridique est plus contraignant encore qu’il n’y paraît. Le traité de Schengen, initialement accord séparé, a été intégré dans le droit primaire de l’Union par le traité d’Amsterdam en 1997 : la France ne peut donc pas s’en extraire unilatéralement sans rompre avec l’ensemble de l’architecture communautaire. Les dérogations prévues sont strictement encadrées dans le temps et dans leur portée, et n’autorisent pas le rétablissement d’un contrôle continu aux frontières intérieures.
À ce premier verrou s’en superpose un second. La charte des droits fondamentaux de l’Union européenne interdit explicitement les expulsions collectives (article 19) et garantit un droit d’asile élargi aux personnes craignant des persécutions pour leur opinion politique, leur religion, leur appartenance à un groupe social ou leur origine (article 18). Conséquence pratique : les quelque 60 000 demandes d’asile refusées chaque année en France doivent être traitées dossier par dossier, avec voies de recours individuelles, avocats et délais afférents. Ce mécanisme rend structurellement impossible tout traitement collectif des déboutés.
Autre subtilité que le débat public escamote : même une sortie de la Convention européenne des droits de l’homme ne suffirait pas. La charte des droits fondamentaux de l’UE couvre un champ quasiment identique et continuerait de s’appliquer tant que la France reste membre. Les deux textes se doublonnent délibérément, de sorte que neutraliser l’un laisse l’autre intact.
« Tout est complètement bloqué. Vous avez 60 000 demandes d’asile refusées. Vous devez tous les renvoyer un par un par avion. »
Vidéo de Les Patriotes
Ce qu’il faut retenir
Philippe de Villiers trace une voie de sortie de l’Union européenne fondée sur l’unilatéralisme, sans négociation ni préavis, en rupture explicite avec le modèle du Brexit. Cette méthode s’appuie sur un diagnostic d’effondrement structurel de l’Union européenne et débouche sur un programme de reprise en main complète : frontières, monnaie, droit national, politique étrangère. Reste à savoir si cette logique de rupture, exposée devant un public conquis, trouvera un écho au-delà des rangs souverainistes.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Vidéo « Philippe de Villiers intervient en direct chez Florian Philippot » de Florian Philippot
Pour aller plus loin
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