La guerre en Ukraine a redessiné les priorités géopolitiques de la France depuis 2022. Soutien militaire, aide financière, sanctions contre Moscou : Paris s’est engagé sans réserve. Mais au-delà des discours sur la défense de la liberté, une question reste étonnamment absente du débat public : quels intérêts économiques la France défend-elle réellement en soutenant Kiev ? Le général Henri Roure, officier général et docteur en sciences politiques, a livré le 14 juillet 2025 une analyse qui mérite qu’on s’y arrête.

Pourquoi la France a-t-elle sacrifié ses positions économiques en Russie sans bénéfice visible en Ukraine ?

La France était le premier investisseur étranger en Russie avant 2022, notamment dans la région de Moscou. Ces positions, construites sur des décennies, ont été abandonnées pour soutenir un pays où Paris ne dispose d’aucun intérêt économique structurant. Selon Henri Roure, la France agit « gratuitement » dans ce conflit, c’est-à-dire sans contrepartie économique identifiable, tandis que d’autres puissances comme les États-Unis ou le Royaume-Uni, à l’origine des tensions selon lui, défendent des intérêts bien compris.

Henri Roure pose la question frontalement :

« Nous n’avons strictement aucun intérêt. Nous faisons ça, j’allais dire gratuitement. Non, ce n’est pas gratuit : c’est l’argent des contribuables qui, soit directement, soit par le biais de l’Union européenne, alimente le régime de Kiev. »

Henri Roure (OMERTA)

Cette affirmation, qui peut surprendre, s’appuie sur un constat factuel : la France avait des positions économiques solides en Russie, elle n’en a quasiment aucune en Ukraine. L’aide financière et militaire consentie ne génère aucun retour direct pour l’économie française, contrairement à ce qui se produit pour les industries de défense américaines.

Une aide qui finance l’industrie américaine, pas l’autonomie européenne

L’analyse de Henri Roure ne s’arrête pas au seul cas français. Il décrit un mécanisme plus large où l’argent versé à l’Ukraine sert en réalité à acheter du matériel américain. Un constat qui relativise sérieusement les discours sur l’autonomie stratégique européenne.

La plupart des armées européennes utilisent des équipements états-uniens. Le F-35, par exemple, ne peut décoller sans l’autorisation d’un centre de commandement situé aux États-Unis. Les pièces détachées fabriquées outre-Atlantique sont soumises à la norme ITAR, qui oblige le pays utilisateur à demander une autorisation d’emploi à Washington. Cette dépendance matérielle rend illusoire, à court terme, toute velléité d’indépendance militaire européenne.

Dit autrement, les contribuables français financent indirectement le complexe militaro-industriel américain. Et la France, seule puissance européenne disposant d’une base industrielle et technologique de défense totalement autonome, n’a vendu quasiment aucun Rafale à ses partenaires européens. Le réarmement annoncé profite donc d’abord aux industries étrangères.

Corruption et absence d’intérêts partagés : un angle mort du débat

Henri Roure aborde un autre point rarement évoqué dans les médias français : la nature du régime que Paris soutient. Il rappelle que l’OCDE classe l’Ukraine parmi les pays les plus corrompus au monde, avec un président et des oligarques dont le train de vie interroge :

« Ce n’est pas très élégant de soutenir un pays corrompu, notamment un président qui a des villas un peu partout, avec autour de lui des oligarques qui ont des bateaux dans la rade de Cannes. »

Henri Roure (OMERTA)

Sans même entrer dans ces considérations, la question des intérêts français reste entière. L’absence de bénéfice économique identifiable tranche avec la situation antérieure, où la Russie offrait à la France des débouchés commerciaux et des investissements substantiels.

Ce qu’il faut retenir

La France a abandonné sa position de premier investisseur en Russie sans obtenir le moindre avantage économique en Ukraine. L’argent des contribuables alimente un effort de guerre dont d’autres puissances, États-Unis en tête, tirent les principaux bénéfices industriels. Cette situation illustre un décalage préoccupant entre les choix géopolitiques affichés et la défense des intérêts nationaux les plus élémentaires. Un débat que le 14 juillet, malgré sa dimension symbolique, ne saurait éclipser.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « Analyse du discours du 14 juillet » de OMERTA

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