En septembre 2003, les Suédois ont refusé l’euro à 57 % des voix. Vingt-trois ans plus tard, la couronne suédoise circule toujours, et aucun nouveau référendum n’a été organisé. L’invité de cet entretien, membre de l’UPR, a consacré une partie de son analyse à ce précédent démocratique méconnu du débat français, qui montre qu’un peuple peut dire non à la monnaie unique sans pour autant quitter l’Union européenne.
Que s’est-il passé lors du référendum suédois de 2003 sur l’euro ?
Le 14 septembre 2003, la Suède soumet à référendum la question de l’adoption de l’euro. Trois réponses essentielles permettent de comprendre l’événement :
- Le résultat : les Suédois votent non à 57 %, un rejet massif qui surprend les observateurs et le gouvernement de Stockholm
- Le contexte juridique : comme l’Autriche et la Finlande entrées en 1995, la Suède a ratifié les traités européens et s’est juridiquement engagée à adopter l’euro, sans bénéficier de l’exemption négociée par le Danemark et le Royaume-Uni
- La revendication politique : avant même le vote, Stockholm avait conditionné l’adoption à l’accord formel du peuple suédois, ce que les institutions européennes ont toléré
- La conséquence durable : vingt-trois ans plus tard, la Suède est toujours légalement tenue d’entrer dans l’euro, mais aucun gouvernement n’a osé défier le verdict populaire
Une exemption refusée, puis un référendum imposé par le peuple
L’invité détaille une chronologie complexe, trop rarement rappelée dans les manuels européens. Lorsqu’en 1995 la Suède, l’Autriche et la Finlande rejoignent l’Union européenne, elles doivent ratifier les traités existants, dont celui de Maastricht qui institue la monnaie unique. Le gouvernement de Stockholm a tenté d’obtenir la même exemption que le Danemark, mais les Européens ont refusé : pour eux, le Danemark et le Royaume-Uni étaient des exceptions suffisantes. « On pouvait pas multiplier les exemptions », résume l’invité.
Face à cette contrainte juridique, la Suède a trouvé une parade politique. Stockholm a formellement accepté le principe de l’euro, mais a annoncé que l’adoption effective serait soumise à l’approbation du peuple suédois par référendum. L’invité rappelle que les Suédois, comme les Danois avaient conservé la couronne, sont dans le même état d’esprit : celui d’un peuple attaché à sa monnaie nationale.
« Le gouvernement de Stockholm savait que les Suédois étaient dans le même état d’esprit que le peuple danois, c’est-à-dire il voulait conserver la couronne suédoise. »
François Asselineau (UPR)
Cette compréhension de l’opinion s’est avérée exacte. Organisé le 14 septembre 2003, le référendum se conclut par une victoire du non à 57 %, un chiffre que l’invité souligne avec insistance car il est identique au pourcentage de Polonais hostiles à l’euro dans les sondages récents de l’Eurobaromètre.
Le mécanisme juridique qui a permis à la Suède de rester dans l’euro sans l’adopter
Pour expliquer ce paradoxe, l’invité insiste sur une distinction que peu de Français connaissent : l’adhésion à l’Union européenne des pays entrants en 1995 a été conditionnée à la ratification des traités, y compris l’engagement d’entrer dans l’euro, mais cette entrée n’était pas automatique. Il fallait en réalité remplir des critères macroéconomiques précis, et surtout, en ce qui concerne la Suède, obtenir un accord politique. Le vote de 2003 a en quelque sorte gelé le processus.
Depuis lors, les gouvernements suédois successifs, toutes tendances confondues, n’ont jamais remis en cause ce verdict populaire. Plus frappant encore, aucun nouveau référendum n’a été organisé, car les sondages continuent de montrer que le peuple suédois reste à 57 % hostile à l’abandon de la couronne. L’invité le dit explicitement : « Tous les sondages en Suède montrent que le peuple suédois est toujours à 57 % vent debout contre l’adoption de l’euro. »
Cette situation est tenable parce que les institutions européennes n’ont jamais voulu ou pu imposer une procédure de sanction. L’invité rappelle que la Commission européenne et la Banque centrale européenne ne veulent pas déstabiliser complètement l’économie des pays membres : l’euro étant une monnaie trop chère pour certaines économies, forcer un passage brutal pourrait plonger un pays dans la misère. La Suède a donc pu bénéficier d’un dérapage contrôlé, en quelque sorte, qui dure depuis vingt-trois ans.
Une leçon pour les souverainistes français
L’invité en tire une conclusion directe pour le débat français : le cas suédois contredit ceux qui affirment qu’il est impossible de rester dans l’Union européenne sans adopter l’euro. La Suède, pays démocratique et prospère, membre de l’UE depuis trente ans, n’a pas adopté l’euro. Elle a même refusé de l’adopter par référendum, et ce refus a été respecté. Face à ce constat, l’article propose de déplacer la question vers les souverainistes français : pourquoi ce précédent est-il systématiquement ignoré dans les débats présidentiels français ?
« Les Suédois comme les Danois étant des peuples démocratiques, beaucoup plus démocratiques qu’en France. Puisque nous quand les Français votent non comme en 2005, on ne tient absolument pas compte de ce qu’ils ont voté. »
François Asselineau (UPR)
La comparaison est brutale mais mérite d’être entendue. En 2005, les Français ont refusé le traité constitutionnel européen, et ce refus a été contourné par le traité de Lisbonne. En Suède, le non de 2003 a gelé la question de l’euro pour un quart de siècle. Le contraste est saisissant et fournit aux partisans d’une souveraineté monétaire française un argumentaire construit sur un précédent juridique et politique vérifiable.
Ce qu’il faut retenir
Le cas suédois démontre qu’un État peut être membre de l’Union européenne, juridiquement tenu d’adopter l’euro, et pourtant conserver sa monnaie nationale pendant plus de deux décennies si le peuple s’y oppose et si le gouvernement respecte ce refus. C’est une brèche dans le dogme de l’irréversibilité européenne. Reste à savoir si les Français, qui ont déjà dit non en 2005, sauront un jour s’en saisir.
Vidéo « La Pologne et l’adoption de l’euro » de UPR
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