La construction européenne est souvent présentée comme un simple cadre institutionnel, une coopération entre États qui aurait fait le choix de la paix et de la prospérité. Mais dans un entretien accordé au magazine Omerta, l’invité François Asselineau développe une lecture bien différente : l’Union européenne fonctionnerait comme une idéologie à prétention totalisante, comparable sur bien des points à l’Union soviétique d’hier.
Quels sont les parallèles entre l’Union européenne et l’URSS mis en avant par François Asselineau ?
François Asselineau identifie trois ressemblances structurelles majeures dans la transcription de cet entretien :
- L’adjectif obligatoire : on ne dit pas « un Français convaincu » ou « un Bolivien convaincu », mais on dit « un Européen convaincu », exactement comme on disait « un communiste convaincu » au temps de l’URSS.
- Le terme d’étiquetage politique : le mot « eurosceptique » est calqué sur celui d’« anticommuniste », servant à disqualifier toute opposition au projet.
- L’élargissement comme réponse à l’essoufflement : plus l’UE montre des signes de faiblesse, plus elle cherche à s’élargir et à associer de nouveaux membres, reproduisant la dynamique soviétique des « pays frères » et des révolutions exportées.
Une grammaire idéologique qui trahit sa nature
Ce qui frappe, c’est d’abord le langage. François Asselineau souligne que la langue française ne supporte pas l’adjectif « convaincu » accolé à une nationalité. Personne ne parle d’un « Français convaincu » ni d’un « Bolivien convaincu ». En revanche, l’expression « Européen convaincu » est entrée dans le vocabulaire courant, médiatique et politique.
On ne dit pas un Français convaincu. On ne dit pas un Bolivien convaincu. Par contre, on est obligé de rajouter l’adjectif.
Vidéo d’OMERTA
Cette observation linguistique n’est pas anodine. Elle révèle que l’attachement à l’UE n’est pas vécu comme une simple préférence institutionnelle, mais comme une adhésion à un projet de transformation sociale et morale. L’Europe de Bruxelles ne se contente pas d’administrer, elle entend convertir. Elle porte une vision du bonheur collectif, une promesse de dépassement des vieilles nations, exactement comme le socialisme soviétique prétendait dépasser les identités nationales et religieuses.
Le miroir des catégories politiques
Le deuxième parallèle touche à la manière dont le débat public est structuré. Sous l’URSS, l’« anticommuniste » était le repoussoir, celui qu’il fallait marginaliser. Aujourd’hui, le terme d’« eurosceptique » joue ce rôle. Il désigne moins une position argumentée qu’une déviance à corriger. L’opposant au projet européen n’est pas un contradicteur, c’est un sceptique, un récalcitrant, presque un malade à guérir.
François Asselineau explique :
Comme pour l’URSS, on disait un communiste convaincu. Aujourd’hui, on dit un Européen convaincu. On ne dit pas un Français convaincu. On ne dit pas un Bolivien convaincu.
Vidéo d’OMERTA
La symétrie est frappante. Dans les deux cas, l’idéologie dominante impose ses catégories : d’un côté les convaincus, de l’autre les sceptiques ou les ennemis. Cette logique binaire n’a rien de démocratique, elle relève de ce qu’il faut bien appeler une religion séculaire.
L’élargissement comme fuite en avant
Le troisième point relève de la dynamique historique. Plus l’UE montre des signes d’essoufflement, économique, démocratique ou social, plus elle cherche à s’élargir. Le Canada vient de faire vœu d’être État associé à l’Europe. Cette annonce, pourtant surprenante dans sa nature, a été peu commentée.
François Asselineau rappelle que cette logique est un classique des régimes idéologiques en difficulté. Quand l’URSS battait de l’aile dans les années 1970 et 1980, l’exercice consistait à rendre le rêve encore réel en agglutinant un maximum de « pays frères », en lançant de nouvelles révolutions, en élargissant la sphère d’influence, comme pour compenser par l’extension ce qui se perdait en intensité.
L’élargissement devient alors une fuite en avant, une manière de masquer l’échec du projet par de nouvelles conquêtes. C’est exactement ce que l’on observe avec l’Union européenne : plus elle peine à convaincre ses peuples, plus elle s’étend. Et plus elle s’étend, plus elle devient ingouvernable et plus le fossé se creuse avec les populations.
Ce qu’il faut retenir
Ce parallèle entre l’UE et l’URSS n’est pas une provocation gratuite : il repose sur des critères précis, observables dans le langage, dans les catégories politiques et dans la dynamique institutionnelle. François Asselineau invite à prendre au sérieux la nature idéologique de la construction européenne, qui ne se limite pas à un projet de coopération entre nations, mais vise à transformer les peuples et à dépasser les États. Cette grille de lecture mérite le débat, loin des caricatures.
Vidéo « Comparaison entre Louis XIV et Macron sur la politique européenne » de OMERTA
Pour aller plus loin
- J’ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu, Philippe de Villiers (Fayard)
- L’ami américain, Éric Branca (Perrin)
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