Les mouvements souverainistes français multiplient les rendez-vous publics et les appels à l’union. Mais entre les bonnes intentions affichées lors des réunions et une candidature crédible à l’élection présidentielle, plusieurs obstacles demeurent. Analyse des conditions posées par Philippe Murer, cofondateur du Mouvement politique citoyen, lors d’un entretien accordé à Radio Courtoisie le 4 septembre 2026.
L’union des souverainistes peut-elle produire un candidat crédible pour la présidentielle de 2027 ?
Pour Philippe Murer, l’union n’est pas une option mais une nécessité stratégique dans un système médiatique qui invisibilise les thèses de sortie de l’Union européenne. Les conditions concrètes évoquées dans le débat sont les suivantes :
- Franchir le verrou des 500 parrainages, obstacle que seuls deux responsables souverainistes seraient en mesure de surmonter selon lui : Philippe de Villiers et Nicolas Dupont-Aignan.
- Atteindre le seuil de 5 % dans les sondages grâce à l’union, ce qui contraindrait le MEDEF et les grands médias à inviter le candidat souverainiste aux débats officiels.
- Dépasser les réunions ponctuelles pour créer un parti d’union où chaque responsable conserverait un intérêt à coopérer.
- Organiser la désignation du candidat commun par les militants, et non par un simple ralliement imposé par celui qui détient les parrainages.
« C’est pas simplement : "Vous vous mettez tous derrière moi et vous me soutenez." Il faut aussi que les autres aient un intérêt pour que l’union soit juste et qu’elle tienne. »
Philippe Murer (Ligne Droite • La matinale de Radio Courtoisie)
Le verrou des parrainages, première barrière d’entrée
L’analyse de Philippe Murer est d’abord institutionnelle. Dans le camp souverainiste, tout le monde ne part pas à égalité dans la course présidentielle. L’obligation de réunir 500 signatures d’élus constitue une barrière d’entrée qu’il qualifie de « très complexe ». Selon lui, seuls Philippe de Villiers, qui assume publiquement une position frexitiste depuis plus d’un an, et Nicolas Dupont-Aignan, disposent de la surface nécessaire pour obtenir ces signatures.
Cette contrainte structure la discussion stratégique : sans parrainages validés, aucune candidature officielle n’est possible, quelle que soit la dynamique militante. L’union doit donc, dans un premier temps, choisir parmi les personnalités capables de franchir cette étape administrative.
Le poids des sondages comme levier médiatique
Le second argument avancé est d’ordre médiatique. Nicolas Dupont-Aignan est actuellement testé à 3 % dans les enquêtes d’opinion, alors même qu’il ne bénéficie ni d’une exposition médiatique significative ni d’une union structurée derrière lui. Le raisonnement exposé par Philippe Murer est simple : une union des forces souverainistes ferait mécaniquement franchir le seuil des 5 %, niveau auquel les grands médias et les organisations patronales ne pourraient plus justifier l’exclusion du candidat.
Ce seuil changerait la nature de la campagne. Le candidat souverainiste serait alors présent dans les débats publics, ses propositions seraient exposées à l’ensemble des Français, et une dynamique de cercle vertueux pourrait s’enclencher. Il relève d’ailleurs que ce chiffre permettrait de concurrencer directement le candidat des Républicains, qu’il situe « extrêmement faible » autour de 7 ou 8 %.
« Là, le MEDEF est obligé de vous inviter. Là, les médias grand public doivent vous inviter. Ils peuvent pas dire : "J’invite Marine Tondelier qui est à 3 % et j’invite pas le candidat souverainiste qui a 5 %." »
Philippe Murer (Ligne Droite • La matinale de Radio Courtoisie)
Une union qui doit profiter à tous pour durer
La troisième condition posée par Philippe Murer concerne la gouvernance interne de l’union. Il écarte le scénario d’un simple ralliement derrière le détenteur des parrainages. Pour lui, la pérennité de l’alliance exigera que chaque responsable souverainiste, qu’il s’agisse de Nicolas Dupont-Aignan, Florian Philippot, Jean-Frédéric Poisson ou lui-même, puisse se projeter au-delà de 2027.
Concrètement, il défend l’idée d’un parti d’union englobant les structures existantes, dans lequel une élection interne désignerait le chef de file pour 2028, choisi par les sympathisants et les militants. Ce mécanisme donnerait à chacun un horizon de progression et éviterait les frustrations qui font éclater les coalitions hétérogènes.
Les rendez-vous publics de l’automne 2026, notamment les assises de la souveraineté organisées le 12 septembre à Arras et la fête de la liberté de Nicolas Dupont-Aignan le 19 septembre, sont présentés comme les moments charnières pour transformer l’essai des réunions ponctuelles en organisation politique durable.
Présidentielle 2027 : les parrainages, nerf de la guerre souverainiste
Sur le terrain concret de l’organisation, Pierre-Yves Rougeyron identifie la barrière des signatures comme l’obstacle décisif. Il reconnaît que Philippe de Villiers pourrait les réunir aisément, mais doute qu’il accepte de se lancer face à Marine Le Pen, estimant que celle-ci ne commettra pas l’erreur d’Éric Zemmour : abandonner l’électorat populaire. Les équipes de Florian Philippot travaillent à rassembler des parrainages, avec une réelle mobilisation militante, mais la tâche reste incertaine. Nicolas Dupont-Aignan, lui, conserve des élus en mesure de les fournir.
Ce point de mécanique électorale conditionne une stratégie plus large. Pour Rougeyron, les législatives qui suivront la présidentielle constituent l’enjeu structurant du cycle : décrocher suffisamment de voix pour accéder au financement public et armer la campagne des européennes suivantes.
« De toutes les manières, qui que ce soit qui soit élu, ce ne sera pas un national dans tous les cas. Nous devons nous servir de cette élection pour faire creuser la vieille taupe. »
Pierre-Yves Rougeyron (Cercle Aristote)
Cette lecture place la présidentielle moins comme une fin en soi que comme un levier de visibilité et de ressources. La question du candidat reste ouverte au moment de l’enregistrement, mais Rougeyron exclut l’abstention de combat : avec ou sans candidat déclaré, le camp souverainiste entend peser sur l’agenda et empêcher que ses thèmes soient absorbés sans contrepartie par les formations de l’arc républicain.
2027 : une présidentielle jouée sur la maîtrise des traités
La singularité de l’argumentaire porté par François Asselineau ne tient pas à une rhétorique du « tout se jouera cette fois-ci », mais à un diagnostic précis : les principaux candidats pressentis ne connaissent pas le contenu des engagements juridiques qui contraignent leur futur mandat. L’affaire de l’accord signé entre Jordan Bardella et Nigel Farage sur le renvoi des migrants depuis le Royaume-Uni en a fourni, selon lui, une illustration concrète. Asselineau souligne que la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, intégrée dans les traités aux alentours de 2008, interdit explicitement les expulsions collectives, et que tout candidat qui refuse de sortir de ces traités se retrouve juridiquement dans l’impossibilité d’appliquer une telle mesure.
« Monsieur Bardella ne sait pas ce que c’est. Ne connaît pas le contenu des traités européens. »
François Asselineau (UPR)
Le mécanisme est simple à décrire : chaque expulsion individuelle suppose une procédure distincte, un avocat (financé par l’État si le migrant est sans ressources), et peut être contestée devant la Cour de justice de l’Union européenne ou la Cour européenne des droits de l’homme. Sans dénonciation préalable des traités, aucun gouvernement ne peut y déroger, quelle que soit la majorité parlementaire obtenue après une éventuelle dissolution.
C’est précisément ce verrou institutionnel qui, dans cette lecture, rend 2027 structurellement différente des scrutins précédents : la question n’est plus seulement programmatique, elle est juridique.
Ce qu’il faut retenir
L’union des souverainistes pour la présidentielle de 2027 dépendra de trois conditions concrètes : surmonter la barrière des 500 parrainages, atteindre le seuil médiatique de 5 % dans les sondages, et bâtir une structure collective où chaque leader trouve un intérêt à coopérer. Sans ce triple préalable, l’hypothèse d’une candidature commune reste fragile. Les prochaines réunions publiques diront si les acteurs concernés sont prêts à passer des discours d’unité à une mécanique électorale opérationnelle.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Vidéo « Sondage majoritaire en faveur du Frexit » de Ligne Droite • La matinale de Radio Courtoisie
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