Le déplacement du pape Léon XIV en France suscite une attention particulière, non seulement pour sa dimension spirituelle, mais aussi pour la lecture qu’il propose du pays. Le programme arrêté par le Vatican, décrypté par Régis Le Sommier lors d’un entretien récent, révèle une vision de la France qui tranche avec le discours officiel de l’État. Les lieux retenus, les gestes annoncés, dessinent une autre mémoire nationale.

Pourquoi le programme de la visite du pape Léon XIV en France a-t-il une signification particulière ?

Le Vatican a retenu des étapes précises et chargées de symboles : le couvent des Carmes, où le pape s’inclinera devant la tombe des martyrs de la Révolution, la maison Bakita, où des migrantes gagnent leur vie comme couturières, et la célébration d’une messe. Ces choix dessinent une France à la fois enracinée dans son passé douloureux et ouverte à l’accueil. Selon Régis Le Sommier, ce programme « fait appel évidemment à une réflexion », loin des mises en scène auxquelles l’Élysée est habitué.

Un pape américain et une lecture différente de la France

Léon XIV, premier pape américain, a passé une partie de sa vie en Amérique du Sud, comme terre d’évangélisation. Pour Régis Le Sommier, ce parcours lui confère « une vraie stature internationale, une éducation internationale » qui contraste avec le tropisme parisien du pouvoir français actuel. Ce pape est aussi marqué par une inclinaison internationale moins imprégnée des théories de la libération que son prédécesseur François.

Le choix de se recueillir devant la tombe des 115 prêtres assassinés pendant la Révolution française à Paris est un épisode peu connu, que le Vatican met sciemment en lumière. Cette étape montre que le catholicisme n’est pas une parenthèse dans l’histoire de France, mais une composante dont les blessures méritent aussi d’être reconnues.

« Le fait de mettre l’accent sur les martyrs de la Révolution montre que le Vatican veut rappeler les blessures de l’histoire de France, sans s’arrêter au récit officiel de l’État. »

Régis Le Sommier (Ligne Droite • La matinale de Radio Courtoisie)

Des lieux d’accueil plutôt que des lieux de pouvoir

Autre étape marquante : la maison Bakita, où des migrantes gagnent leur vie en étant couturières. Pour Régis Le Sommier, ce choix illustre une vision catholique de l’accueil, mais une vision exigeante. Léon XIV insiste sur la nécessité d’un « accueil en ordre », c’est-à-dire un accueil qui ne laisse pas les personnes à la rue dans les pires conditions.

Cette insistance sur l’ordre dans l’accueil distingue nettement ce pape de son prédécesseur. François défendait une ouverture des vannes migratoires, tandis que Léon XIV rappelle que les États ont un territoire à défendre et un rôle à jouer. Régis Le Sommier souligne :

« Ce pape a l’idée d’un développement international où malgré tout le meilleur endroit pour chacun, c’est de rester chez lui. On a l’impression que pour lui les nations existent en fait. »

Régis Le Sommier (Ligne Droite • La matinale de Radio Courtoisie)

Une France catholique effacée par l’État

L’attitude du président Macron face à cette visite illustre un malaise. Il accueillera le pape, mais n’assistera à aucune messe, au nom d’une laïcité invoquée de manière sélective. Pour Régis Le Sommier, cette position révèle un mécanisme plus profond : Emmanuel Macron ne s’intéresse à un événement que lorsqu’il peut « le privatiser à son compte ». Dès que le protocole vaticanien lui échappe, il se désintéresse.

Ce désintérêt est d’autant plus frappant que le président a constitutionnalisé l’avortement et voté l’euthanasie, marquant une distance avec les catholiques. « Il ne peut pas se dire : le pape représente un milliard de catholiques, je peux humblement accompagner ça au second plan », observe Régis Le Sommier. L’exercice du pouvoir présidentiel, hyperprésidentialisé, est devenu un exercice d’ego.

Une rupture avec la vision desséchée de l’Europe

Léon XIV ne porte pas le regard que François posait sur une Europe « vieille, desséchée et inféconde ». Au contraire, la France qu’il visite est une terre de travail, d’accueil et de mémoire. Le pape américain comprend aussi la sensibilité des Américains, y compris celle de Donald Trump, avec qui il partage une appartenance culturelle. Cette capacité à peser dans le monde anglo-saxon contraste avec l’effacement diplomatique constaté par Régis Le Sommier.

La loi sur l’euthanasie et l’IVG constitutionnelle, points de friction majeurs

Ce contentieux ne se limite pas à la cérémonie des JO 2024. Pour François Asselineau, il s’inscrit dans une série de décisions législatives françaises que le Vatican suit attentivement. L’inscription de l’IVG dans la Constitution française, une première à l’échelle mondiale selon lui, et l’adoption de la loi sur l’euthanasie active constituent deux points de rupture explicites avec la doctrine sociale de l’Église.

Sur l’euthanasie, Asselineau nuance le débat en s’appuyant sur son expérience personnelle :

« J’ai pu voir dans des hôpitaux de l’Assistance publique des patients en fin de vie qui ont des soins palliatifs gérés avec beaucoup d’humanité. Il y avait des lois qui avaient été faites au cours des dernières années pour accompagner tout ça. Donc il n’y avait pas d’obligation. »

François Asselineau (UPR)

Il souligne par ailleurs que la légalisation de l’euthanasie active a été publiquement revendiquée par le Grand Orient de France, dont un représentant aurait évoqué la volonté de « mettre le pied dans la porte » pour en élargir progressivement le champ d’application. Une déclaration qui, selon lui, n’a pas échappé à la curie romaine.

Ce cumul de signaux explique, à ses yeux, pourquoi le Vatican aurait cherché à limiter la visibilité protocolaire de Macron lors de la visite : non par simple désaccord politique conjoncturel, mais en raison d’un désaccord de fond sur des questions que l’Église considère comme non négociables.

Ce qu’il faut retenir

La visite du pape Léon XIV en France propose une lecture de la nation qui mêle mémoire des martyrs, défense des nations et exigence dans l’accueil. Elle se tient loin du discours officiel de l’État, qui instrumentalise ou ignore le fait religieux selon les circonstances. Cette visite est une invitation à repenser la place du catholicisme dans l’identité nationale française, sans le réduire à une nostalgie ni l’opposer à la République.

Vidéo « Critique de la prestation de Macron à l’ONU » de Ligne Droite • La matinale de Radio Courtoisie

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