Le Versement Nucléaire Universel (VNU), entré en vigueur le 1er janvier 2026, était présenté par le gouvernement comme la grande rupture : la fin de l’ARENH, la déconnexion du prix de l’électricité française de celui du gaz, et une reprise de contrôle sur les prix. Mais à y regarder de plus près, le dispositif soulève une question simple : s’agit-il d’un vrai changement de logique, ou d’un simple bricolage dans le cadre inchangé du marché européen ?

Qu’est-ce que le VNU et en quoi remplace-t-il l’ARENH ?

Le VNU succède à l’ARENH, ce mécanisme qui obligeait EDF à vendre 25 % de sa production nucléaire à ses concurrents au prix fixe de 42 € le MWh, alors que le coût de production s’élève au moins à 60 €. Concrètement, avec le VNU :

  • EDF peut désormais vendre la totalité de sa production au prix du marché ;
  • L’État taxe les revenus excédentaires d’EDF à hauteur de 50 % au-delà de 78 € le MWh, et de 90 % au-delà de 110 € ;
  • Le fruit de cette taxe doit être redistribué aux consommateurs ;
  • Selon les prévisions actuelles, le prix ne devrait pas dépasser le seuil de 78 € en 2026, ce qui signifie que le mécanisme de taxation et de redistribution ne se déclenchera probablement pas.

Un habillage nouveau pour une logique ancienne

L’invité de l’entretien, analyste du système électrique français, est catégorique : il n’y a eu « aucune remise en question du marché européen ni du principe de la tarification au coût marginal ». Le VNU ne touche pas à l’architecture fondamentale héritée des directives européennes des années 1990. L’électricité reste un bien soumis à la concurrence, les fournisseurs alternatifs continuent d’exister, et le prix demeure indexé sur le marché de gros européen.

Pour la plupart des acteurs du secteur, le VNU est surtout perçu comme un empilement de complexité supplémentaire : « on a surtout créé une usine à gaz dans une usine à gaz », résume l’invité. Le dispositif est si opaque que, selon lui, « les consommateurs n’y comprendront rien et donc ils viendront vraisemblablement vers le médiateur », avec des difficultés de mise en œuvre attendues.

EDF ne peut pas anticiper ses rentrées d’argent sur le moyen long terme. Le dispositif de régulation devant prendre la suite de l’ARENH en 2026 n’apporte pas de prévisibilité sur les niveaux de revenus que EDF pourra tirer du parc nucléaire existant et plus généralement de son parc de production hors ENR sur ces 15 prochaines années.

Vidéo de PRAXIS

Cette analyse, reprise d’un rapport de la Cour des comptes de septembre 2025 cité dans la transcription, est sans appel : contrairement à la communication gouvernementale, le VNU ne sécurise pas les capacités d’investissement d’EDF sur quinze ans.

Le paradoxe européen : une concurrence à géométrie variable

Le VNU s’inscrit dans une trajectoire où la France s’épuise à défendre ses intérêts dans un cadre concurrentiel qui lui est défavorable. L’invité souligne un contraste révélateur : quand il s’agit d’autoriser la France à vendre 30 % de la production de ses futurs EPR2 via des contrats de long terme, c’est-à-dire déroger au prix unique du marché européen, l’Union européenne « montre les dents ». En revanche, quand certains pays pratiquent une fiscalité déloyale pour attirer les investissements de leurs voisins, « là bizarrement ça n’a pas l’air de déranger ».

D’un côté, quand ça concerne l’électricité et la France, il faut pas des prix trop bas parce que ça fausserait la concurrence. Mais quand certains pays proposent des fiscalités déloyales comme l’Irlande ou les Pays-Bas pour piquer les investissements de ses voisins, là bizarrement ça n’a pas l’air de déranger.

Vidéo de PRAXIS

Ce qu’il faut retenir

Le VNU n’est pas une remise en cause du marché européen de l’électricité, mais un réaménagement destiné à donner l’illusion d’une reprise de contrôle. La France reste enfermée dans un système où le prix de l’électricité est déconnecté de son coût réel de production, où EDF est contraint de se battre contre les règles européennes pour financer ses investissements, et où le consommateur finance en définitive les incohérences d’une concurrence artificielle. La vraie question n’est pas de savoir si le VNU est une bonne réforme, mais si le cadre européen lui-même est compatible avec une politique énergétique industrielle de long terme.

Vidéo « EDF, régulation européenne et marchés de l’énergie » de PRAXIS – Reprendre le pouvoir

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