« Si vous arrivez à créer la société, vous pouvez aussi choisir si vous êtes homme ou si vous êtes femme. » En une phrase, Jean-Luc Schaffhauser établit un lien que peu osent formuler : le wokisme ne serait pas une dérive du libéralisme, mais son prolongement logique. C’est ce qu’il affirme dans un entretien accordé au Cercle Aristote, diffusé le 3 juillet 2026.
L’ancien parlementaire européen part du principe fondateur du libéralisme selon lui : le contrat social, l’idée que ce sont des individus qui créent la société par un acte volontaire. Or, souligne-t-il, si la société elle-même n’est pas donnée mais fabriquée, alors rien de ce qu’elle contient ne l’est non plus. La vérité devient relative, dépendante des majorités. Et le corps, le sexe, l’identité deviennent à leur tour des matières que l’individu peut décider et redéfinir.
« Quand des libéraux viennent me remettre en question le wokisme, je rigole », lance-t-il, jugeant contradictoire de défendre la construction volontaire de la société tout en s’offusquant de la construction volontaire du genre. Pour Schaffhauser, l’une découle de l’autre.
À l’inverse, il oppose une conception enracinée de la société, fondée sur la famille, la patrie et une réalité reçue et non fabriquée. Une analyse qui invite à réexaminer les fondements philosophiques du débat actuel sur l’identité.
Le marché comme puissance totale, angle mort du débat souverainiste
Le wokisme s’impose souvent comme repoussoir commode, mais Rougeyron pointe un angle que le débat souverainiste tend à éviter : la capacité du marché à structurer les existences de bout en bout, sans que personne ne s’en émeuve autant qu’il le ferait face à un État autoritaire.
« Tu supporterais pas qu’un État te prenne du berceau à la tombe, mais je te dirais que le marché le fait. »
Pierre-Yves Rougeyron (Cercle Aristote)
Le constat est précis : une proportion croissante des échanges sociaux, y compris intimes, transite désormais par des interfaces commerciales. Rougeyron cite le chiffre avancé par Jean Cuvici selon lequel 10 % des conversations avec des assistants d’intelligence artificielle relèvent de la drague. Anecdotique en apparence, ce détail illustre un glissement de fond : des fonctions anthropologiques élémentaires, le lien, l’attachement, la recherche d’une présence, deviennent des marchés solvables.
Ce qui est en jeu pour la réflexion souverainiste est direct. Défendre l’autonomie des individus contre la puissance publique, sans examiner avec la même rigueur les mécanismes privés qui la réduisent, revient à ne protéger la liberté que d’un seul côté. Rougeyron y voit une forme de candeur héritée d’un libéralisme républicain qui distingue strictement sphère privée et sphère publique, au point de laisser la première sans défense face aux logiques de captation commerciale. La souveraineté, telle qu’il la conçoit, n’est pas seulement affaire de frontières ou de monnaie : elle commence dans la capacité des personnes à habiter leur propre vie.
Vidéo « 2027 ne règlera rien à la crise systémique, avec Jean-Luc Schaffhauser » de Cercle Aristote
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