Depuis 1990, l’Union européenne a conclu seize accords de libre-échange. Selon François Asselineau, quatorze d’entre eux se sont traduits par une dégradation de la situation de l’agriculture française. Un bilan qu’il a rappelé lors de son direct n°125, en réponse aux questions de ses sympathisants.

Ce chiffre illustre, selon lui, l’effet cumulatif des traités commerciaux négociés par la Commission européenne au nom de la France. Chaque nouvel accord expose les producteurs français à des importations produites selon des normes sanitaires, sociales et environnementales différentes, tout en ouvrant peu de débouchés réels. Le résultat est une pression constante sur les prix, les revenus agricoles et, à terme, sur la capacité de la France à nourrir sa population sans dépendre de l’étranger.

François Asselineau relève que ces accords ne se limitent pas au Mercosur, souvent seul cité dans le débat public. Il en dénombre seize depuis trois décennies, dont l’immense majorité ont affaibli la ferme France. Pour lui, cette trajectoire n’est pas un accident : elle découle directement de l’appartenance à l’Union européenne, qui prive la France de sa politique commerciale propre. Il oppose cette réalité aux discours qui prétendent défendre l’agriculture sans remettre en cause les traités européens.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

La PAC sous tutelle commerciale : le paradoxe dénoncé par De Villiers

Ce tableau chiffré trouve un écho dans la charge portée par Philippe de Villiers lors des Assises de la souveraineté. L’essayiste, qui publie Résurrection le 7 octobre, formule un constat brutal : l’Union européenne est « née de l’Europe agricole » et elle va « mourir avec l’Europe agricole qu’elle achève de ses propres mains ». La formulation pointe un mécanisme précis, celui d’une institution qui, d’un côté, verse des aides directes aux agriculteurs via la Politique agricole commune et, de l’autre, négocie au nom des États membres des accords commerciaux qui exposent ces mêmes agriculteurs à une concurrence aux standards différents.

« Il faut partir pour protéger nos paysans, nos industries, nos innovations, la liberté de protéger nos paysans. »

Philippe de Villiers (chaîne Florian Philippot)

De Villiers lie explicitement cette question agricole à l’absence de souveraineté commerciale : tant que Bruxelles détient le mandat exclusif pour négocier les traités de libre-échange, aucun gouvernement français ne peut opposer un veto sectoriel pour préserver une filière en difficulté. La liberté de « fixer le prix de l’électricité » ou de « protéger nos paysans » suppose, selon lui, de reprendre la maîtrise des instruments tarifaires et des frontières, actuellement délégués à la Commission. C’est précisément ce verrou institutionnel que les seize accords documentés dans cet article ont activé, traité après traité, depuis 1990.

La PAC, instrument d’un recul paradoxal

Le recul commercial masque un paradoxe plus profond encore : la France n’a pas décliné malgré ses atouts, mais avec eux. Son territoire, son climat, la diversité de ses terroirs en font objectivement le pays le mieux doté d’Europe pour la production agricole. Pourtant, la part française dans le commerce mondial agricole est passée de 6,5 % à peine plus de 2 % depuis le début des années 1990.

Ce qui rend le diagnostic particulièrement accablant, c’est que la Politique agricole commune est précisément la politique européenne la plus ancienne, la plus intégrée et, officiellement, la plus protectrice. Si le déclin s’est produit là, sous l’égide d’une politique dédiée, c’est que le problème est structurel et non conjoncturel.

« L’Union européenne a réussi l’exploit, car s’il est bien une politique européenne par excellence, c’est la politique agricole commune, de faire chuter notre pays. C’est tordre la terre et le ciel. »

Vidéo de Les Patriotes

Le résultat est visible jusque dans les classements intra-européens : la France occupe aujourd’hui le 4e rang au sein de l’UE en valeur d’exportations agricoles. Un pays qui fut longtemps le grenier du continent se retrouve ainsi dépassé par des voisins disposant de superficies agricoles moindres ou de conditions climatiques moins favorables. Ce retournement interroge directement l’architecture des règles commerciales et des normes de production imposées à l’échelle communautaire, dont les accords de libre-échange analysés dans cet article ne sont qu’un prolongement logique.

Accord UE-Australie : des agneaux contre du lithium

Le cas australien illustre ce mécanisme avec une brutalité particulière. En marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen Antonio Costa ont reçu le Premier ministre australien pour accélérer la ratification d’un accord de libre-échange signé en mars 2026. Selon François Asselineau, cet accord ouvrirait le marché européen à « 33 000 tonnes supplémentaires » de viande bovine, auxquelles s’ajouteraient des volumes massifs de viande ovine australienne.

Le problème n’est pas seulement quantitatif. L’Australie pratique le mulesing, une technique consistant à arracher la peau du postérieur des agneaux pour prévenir les infestations parasitaires. Cette pratique est interdite en Europe au titre de la protection animale. Les éleveurs français se retrouveraient donc en concurrence directe avec une production aux coûts allégés par des normes que leurs propres acheteurs ne pourraient pas légalement appliquer.

La contrepartie de cet accord, selon Asselineau, n’est pas agricole : il s’agit d’accéder aux réserves australiennes de lithium et de métaux rares, indispensables à la fabrication de batteries pour l’industrie automobile, dont le premier bénéficiaire est allemand.

« Madame Von der Leyen, qui est allemande, sert les intérêts de l’Allemagne. Les ouvertures allemandes passent avant la filière agricole française, qui systématiquement elle a laissé tomber. »

François Asselineau (UPR)

Ce déséquilibre prolonge un schéma déjà documenté dans quatorze des seize accords conclus depuis 1990 : des gains industriels concentrés hors de France, des pertes agricoles absorbées en France.

Mercosur : 33 000 tonnes de bœuf et des vitraux australiens en bonus

Le cas Mercosur n’est pas isolé. En marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, la présidente de la Commission européenne et le président du Conseil européen ont annoncé vouloir accélérer la ratification d’un accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Australie, signé en mars 2025. Cet accord prévoit l’importation de 33 000 tonnes supplémentaires de bœuf australien, auxquelles s’ajoutent des volumes significatifs d’ovins, produits dans des conditions d’élevage interdites sur le sol européen, notamment la pratique du mulesing, consistant à arracher la peau du postérieur des agneaux pour prévenir certaines infestations parasitaires.

François Asselineau résume la logique qui sous-tend ces négociations :

« En échange de quoi ? On aura accès à du lithium, à des métaux rares en Australie, pour permettre de fabriquer des batteries pour l’industrie automobile allemande. Donc madame Von der Leyen, qui est allemande, sert les intérêts de l’Allemagne. »

François Asselineau (UPR)

Ce schéma, selon lui, se répète d’un accord à l’autre : les intérêts industriels allemands orientent les concessions commerciales, tandis que les filières agricoles françaises, bovine et ovine en tête, absorbent le choc de l’ouverture sans compensation équivalente. La filière ovine française serait particulièrement exposée à cet accord australien, s’ajoutant aux pressions déjà exercées par les volumes sud-américains prévus dans l’accord Mercosur.

Vidéo « François Asselineau répond à des questions, direct UPR » de UPR

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