L’affaire Pegasus a révélé l’ampleur des vulnérabilités numériques des États, y compris de la France. Parmi les révélations les plus marquantes : le Maroc aurait eu accès aux communications du président Emmanuel Macron via le logiciel espion israélien NSO. Une brèche qui interroge sur la souveraineté technologique française et les partenariats de sécurité conclus par Israël avec ses alliés.
Qu’est-ce que l’affaire Pegasus entre le Maroc, Macron et le logiciel NSO ?
- Le logiciel espion Pegasus, édité par la société israélienne NSO, a été utilisé par le Maroc pour intercepter les communications du téléphone portable d’Emmanuel Macron.
- Juan Branco rappelle que le Maroc, partenaire historique d’Israël dans le monde arabe, a obtenu l’accès à cette « puissance technologique israélienne » et l’a utilisée pour espionner des opposants internes, mais aussi des alliés, dont la France.
- L’existence d’une telle interception illustre la dépendance technologique subie par la France et les risques qu’elle comporte pour la confidentialité des affaires d’État.
Une intrusion facilitée par les partenariats d’Israël avec le Maroc
Dans l’entretien, Juan Branco replace l’affaire Pegasus dans le cadre des alliances sécuritaires entre Israël et le Maroc. Il souligne que le Maroc est « un des alliés historiques dans le monde arabe d’Israël », une relation qui n’a cessé de se renforcer, notamment à travers les accords d’Abraham et une coopération militaire de premier plan.
« Le Maroc a s’est fait avoir au moment où ils espionnaient Emmanuel Macron, où ils avaient pénétré à travers un logiciel espion israélien édité par NSO, le téléphone portable de notre président de la République et qu’ils en avaient capté les informations. »
Juan Branco (Thinkerview)
Pour Juan Branco, ce n’est pas un accident isolé : il y voit « le fruit d’un accès à la puissance technologique israélienne qui a été donné au Maroc ». Le royaume aurait bénéficié de cette technologie pour ses propres opérations de renseignement, avec pour conséquence directe une violation de la confidentialité des communications du chef de l’État français.
Il rappelle également que cette affaire s’inscrit dans une histoire plus longue d’étroite coopération entre le Maroc et Israël, évoquant notamment le rôle joué par les autorités marocaines dans l’espionnage des États de la Ligue arabe dans la période précédant la guerre des Six Jours. Cette coopération ancienne, longtemps discrète, aurait trouvé avec Pegasus un prolongement technologique aux conséquences directes pour la France.
La souveraineté numérique française en question
L’intrusion dans les communications présidentielles pose la question de la capacité de la France à garantir la sécurité de ses propres canaux d’information. Dans l’entretien, Juan Branco arrive à cette affaire après avoir développé une réflexion sur les rapports de force géopolitiques autour des détroits et des alliances techniques. Pegasus devient alors l’exemple frappant de la dépendance à des outils technologiques étrangers.
La question n’est pas seulement marocaine ou israélienne : elle touche à la maîtrise des infrastructures de communication, des logiciels de surveillance et des chaînes d’approvisionnement technologiques. Si le téléphone du président peut être compromis par un logiciel étranger, c’est toute la chaîne de confidentialité de l’État qui est remise en cause.
L’invité souligne que les relations entre services, les accords de coopération et les transferts de technologies ont des effets qui échappent souvent au contrôle démocratique. Dans ce cas précis, un partenariat entre une entreprise israélienne et le Maroc aurait conduit à une atteinte directe à la souveraineté d’un allié de la France, sans que les autorités françaises n’aient pu l’empêcher.
Ce qu’il faut retenir
L’affaire Pegasus, telle que relatée par Juan Branco, illustre les failles béantes de la protection des communications d’État face à des technologies étrangères. Elle révèle comment un logiciel israélien, utilisé par le Maroc, a pu compromettre la confidentialité du chef de l’État français. Elle rappelle enfin la nécessité de renforcer la maîtrise nationale des outils de communication et de renseignement.
Vidéo « Entretien avec Juan Branco sur les conflits géopolitiques » de Thinkerview
Pour aller plus loin
- La gouvernance de la Chine, Xi Jinping (Éditions en langues étrangères)
- Le Petit Soldat, Jean-Luc Godard
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